Dramaturgie, n
8. On a opposé a Leasing un autre passage de la Poétique (ch. ii) où Aristote donne la préférence à une reconnaissance tragique, parce qu'eUe produit la pitié ou la crainte : v, r/.iov r;t: r, sôSov).
4. Baumgart, Aristoteles, Lessing und Gœthe. Leipzig, 1877. Aristote emploie le conditionnel (potentiel)... s x«v «jto; r^o;Soxr,9f.ty «v ^otiiv.
cette puissance mystérieuse et redoutable qui conduit l'action du di*ame antique. La pitié peut donc s'exercer indépendamment de la crainte égoïste ; l'ime n'implique pas l'autre, et cette corrélation nécessaire et obligatoire entre les deux sentiments, n'est donc pas dans Âristote. Corneille qui, lui non plus, ne l'a pas cru, est donc justifié, comme poète et conmie critique; et son explication que Lessing rejette si dédaigneusement, se trouve être en déûuitiye plus exacte, même au point de vue aristotélicien, que la sienne. Ajoutons, ce qui est l'essentiel pour nous, que l'expérience de chacun, dont Lessing fait trop peu de cas, lui donne un démenti.
Qui de nous n'a pu constater qu'en présence du malheur d'autrui, nous pouvons éprouver un vif sentiment de pitié, sans faire nécessairement un retour sur nousmêmes ; sans craindre pour nous le malheur dont nous sonunes témoins? N'est-il pas vrai, au contraire, que plus notre pitié est vive, plus nous sommes émus au spectacle des souffrances de l'un de nos semblables, et moins aussi nous songeons à nous, même si le malheur qui l'a frappé, est de ceux qui pourrait nous frapper à notre tour; à plus forte raison s'il est de ceux qui ne sauraient nous atteindre? Le souvenir d'un malheur réel éprouvé par nous, provoquera plus sûrement encore la pitié, que la crainte d'un malheur simplement possible. Une mère qui a perdu ses enfants, n'a plus à craindi'e ce malheur pour elle-même ; sa pitié n'en sera pas moins vive \ elle le sera même davantage, en présence d'un deuil qui lui rappelle le sien. La pitié est un sentiment parfaitement indépendant de la crainte. Elle participe du désintéressement, qui est la marque
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distinctive de Tamour; elle exclut ou du moins elle refoule les sentiments égoïstes.
La pitié dont Âristote donne l'analyse dans sa Rhétorique, est la pitié égoïste, envisagée . d'ailleurs, il ne faut pas l'oublier, au point de vue pratique et intéressé de l'orateur, qui n'est pas le même que celui du poète tragique. D'ailleurs Ajristote n'a pu connaître et étudier que l'âme antique, qui n'a ni la profondeur, ni 1^ délicatesse de sentiments, ni surtout l'héroïsme de dévouement et de sacrifice de l'âme n\oderjie, élargie et enrichie par le christiai\isme et par les progrès mêmes de l'humanité.
Lessing, il est vrai, a un doute. Il se demande si cette explication que donne Aristote de la pUiê, ne serait pas fausse peut-être, et si nous ne poiuTions pas éprouver de la pitié pour des malheurs que nous n'avons pas à redouter pour nous-mêmes. Mais cette ré" flexion ne l'arrête pas longtemps. A aucun prix il ne veut abandonner son Aristote. Il exagère même la pensée du m^tre pour mieu^^ se fortifier dans sa croyance : «Si même nous pouvons, sans crainte pour nous, éprouver de la pitié pour autrui, il est incontestable néanmoins que notre pitié, quand la crainte s'y ajoute, sera plus vive et plus sympathique qu'elle ne pourrait l'être sans cela. » Et, ajoutc-t-il, « qui nous empêche d'admettre que le sentiment complexe qui naît à l'occasion du malheur d'un objet aimé, n'atteint que grâce à la crainte qui s'y joint, le degré d'intensité qui permet qu'on lui donne le nom de passion (Affect^) »? Ce qui nous empêche de Tadmettre, c'est que l'expérience, à