‹ LessingChapitre 193 sur 233 · Dramaturgie, u · texte numérisé non relu

Dramaturgie, u

prend par les sens, par rimagination, par le senliment. Il parle à notre intelligence ; il excite nos passions ; il peut même nous pousser à l'action . Il n'est pas une émotion qu'il ne puisse faire nattre. Tous les sentiments sympathiques jusqu'à l'admiration, tous les sentiments contraires jusqu'à la crainte égoïste sont de son ressort. La nature humaine entière lui appartient. Il ne peut se faire qu'en présence de cette représentation idéale et très concrète cependant de la vie, notre être moral ne subisse pas une transformation salutaire, et que nous ne sortions pas de la représentation d'une belle tragédie, autres que nous n'y sommes entrés. Le plaisir que nous donne la peinture poétique des malheurs fictifs, qui se déroulent sur la scène, se mêle aux sentiments de pitié, de crainte, de terreur qu'ils provoquent natiurellement, les adoucit, les épure, les spiritualise en quelque sorte. Nous éprouvons alors cette pitié char^ mante f cette douce terreur dont parle Boileau\ qui donne ici ime assez juste interprétation de la catharsis d'Aristote. Cette catharsis qui s'opère d'abord par l'action dramatique, par le fond et la substauce même de l'œuvre, s'opère aussi par la foime. Le drame, parce qu'il est une œuvre d'art, et que l'art est essentiellement beauté, ordre et harmonie, introduit l'ordre et l'harmonie dans nos sentiments et nos pensées, les règle, les modère, les façonne en quelque sorte à son image. Mais ces effets seront infiniment variés et divers dans leurs degrés et leurs nuances, suivant les différences d'âge, de sexe, de caractère, de condition sociale, divers aussi suivant les époques et les milieux. Vouloir, comme le

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