‹ LessingChapitre 195 sur 233 · DramaUtrgie, n · texte numérisé non relu

DramaUtrgie, n

et que devait nous offrir, chose étonnante, un des maîtres de la critique moderne !

Toutefois, comme s'il craignait d'être allé trop loin, et de heurter de front Topinion du public, qui s'obstinait même en Allemagne, même à Hambourg, à applaudir les œuvi'es de nos tragiques, il ajoute en manière de correctif : « Est-ce que je veux dire par là qu'aucun Français n'est capable de produire une tragédie touchante ? que l'esprit volatil de la nation n'est pas capable d'un tel effort? Je rougirais d'en avoir eu seulement la pensée ! Je suis pei*suadé qu'aucune nation du monde n'a reçu tel don de l'esprit de préférence aux autres. On dit bien : l'Anglais profond, le Français spirituel. Mais qui donc a établi cette distinction? Pour sûr ce n'est pas la nature, qui partage également ses faveurs entre tous. Il y a autant d'Anglais spirituels que de Français spirituels ; autant de Français profonds que d'Anglais profonds. La masse du peuple n'est exclusivement ni l'un ni l'autre. Que veux-je donc dire? Je veux dire seulement que les Français n'ont pas ce qu'ils pourraient fort bien avoir, et ce qu'ils n'ont pas encore : la vraie tragédie; et ils ne l'ont pas, précisément parce qu'ils se sont imaginé l'avoir depuis longtemps'. »

Lessing, il est vrai, offre généreusement de nous venir en aide et de nous rendre ce qu'il nous enlève. Plein d'une confiance superbe dans la toute-puissance de la critique et dans la vertu de la formule d'Aristote, dont il a deviné le secret, il s'écrie : « Qu'on me nomme la pièce du grand Corneille, que je ne me charge pas

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