I. Dramaturgie, n«» lOO-iOi
veloppement original de l'art dramatique allemand, on ne saurait le contester. Mais Lessing espère-t-il qu'en ruinant le système de la tragédie française, en discréditant les œuvres de nos poètes ; en substituant à ces modèles d'autres modèles ; en révélant à ses contemporains la recette de la vraie tragédie qu'il se vante d'avoir dérobée à Aristote, il réussirait par ce travail de démolition et de critique, par ce déploiement de théories, à faire éclore sm* le sol allemand cette littérature dramatique de culture indigène?
Lui, qui se flattait d'avoir, à défaut du génie, que la nature, disait-il, lui avait refusé, « obtenu de la critique quelque chose qui approche de très près du génie », pouvait certes se faire illusion sur la vertu inspiratrice et créatrice de la critique, et croire qu'une fois en possession des vrais principes, débarrassée définitivement de la tyrannique influence du théâtre français, à jamais condamné, l'Allemagne verrait nattre et fleurir chei elle la tragédie parfaite, selon la définition d'Aristote. Mais par une étrange anomalie, les Français qui ont si mal étudié, si mal compris Aristote, ont un théâtre national vivant et partout admiré, taudis que les Allemands, qui ont si doctement interprété Aristote, de l'aven môme de leurs critiques les plus autorisés, et malgré une abondante production de belles œuvres, cherchent encore le leur !