‹ LessingChapitre 201 sur 233 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Conclusion. — Emilia Galotli,

La Dramaturgie, nous le savons, n'est pas un traité (Inesthétique théâtrale. Elle n'en a pas, elle ne pouvait pas en avoir la forme, Tenchaînement systématique des parties, ni le ton dogmatique. La polémique avec ses liasards, ses allures capricieuses, ses saillies humoristiques, y tient trop de place. SUe n'est pas non plus tout à fait ce qu'elle devait être dans l'intention des entrepreneur du théâtre de Hambourg, et sans doute aussi de Lessing, le Journal d'une campagne dramatique, racontant au jour le jour les événements, c'est-àdire les représentations, analysant les pièces, jugeant les auteurs et les acteurs, leur donnant, ainsi qu'au public lui-même, des conseils, des leçons, les intéressant aux destinées et au succès de la nouvelle entreprise. La Dramaturgie ne répond qu'imparfaitement à ce programme. Elle a des allures ti'op sérieuses, trop dogmatiques pour une gazette théâtrale ; elle fait la part trop large à la théorie, pas assez à l'actualité. A mesure que Lessing avance dans sa tâche, il s'en fatigue et s'en dégoûte. Il se désintéresse de plus en plus, du jeu des acteurs d'abord, et finalement des pièces elles-mêmes, qui ne sont plus pour lui que le prétexte à de longues digressions sur des points d'histoire ou d'érudition littéraire, ou

bien encore, à l'analyse de pièces non représentées, mais qui Tintéressent pour une raison ou pour une autre.

Nous avons fait connaître les causes qui ont produit chez Lessing cette indifférence pour les choses du théâtre, et qui Tout déterminé à se réfugier dans Tétude et la discussion des questions théoriques. Mais sa nature de critique philosophe Ty eût porté sans aucun doute. Lessing n'était pas fait pour le métier de feuilletoniste, de reporter théâtral. Il s'en vante, du reste, et se moque de ceux qui attendaient de lui une chronique des coulisses.

Cependant, sans tenir compte des exigences des spectateurs, friands d'anecdotes et de révélations sur les dessous de la vie théâtrale, des critiques sérieux, même de nos jours ', ont reproché à Lessing de ne pas tenir assez compte des représentations, du public, de ses goûts, de ses jugements, de l'effet produit sur lui par les pièces jouées ; de les juger trop abstraitement, non pas comme un spectateur dans sa stalle, mais comme un théoricien dans son cabinet, ou même au buffet du théâtre, où ou lui reprochait de faire de trop longues stations pendant le spectacle. Les historiens du théâti-e allemand regi'ettent de ne pas trouver dans la Dramaturgie, un document historique, mais une suite de polémiques et de dissertations d'un intérêt purement théorique et littéraire. Pour Lessing, la Dramaturgie a été une tribune, du haut de laquelle il a défendu ses idées, prêché l'avènement d'un art dramatique original et national, rnmé le prestige et l'autorité de la tragédie française, qui régentait aloi*s encore le théâtre allemand. Cette pelé-

Page 1