Voy. Frenzol, Berliner Dramaturgie ^Préface
mique est sa grande affaire, sa constante préoccupa^ tion ; il y consacre tous ses soins et toutes ses forces. En faisant cela, il a travaillé pour Tayenir ; il a voulu préparer le triomphe futur du théâtre allemand; mais en attendant, il a plutôt nui que contribué au succès de l'entreprise à laquelle il était lui-même attaché. Ce répertoire français qull cherchait à démolir avec tant d'acharnement, était, à défaut d'œuvres du cru qui n'étaient pas encore nées, im des principaux éléments d'attraction et de succès, une précieuse ressource pour les directeurs, une occasion de triomphes pour les acteurs. Lessing en dénigrant la mai*chandise que débitait la maison qui l'appointait, contribuait peut-être à éloigner le public, tout au moins à entretenir cette indifférence dont lui-même se plaint si amèrement à la fin de la Dramaturgie. Il y avait, en tout cas, désaccord entre le but idéal et lointain que poursuivait Lessing, et les conditions matérielles et actuelles dont dépendait le succès financier du théâtre de "Hambourg.
Évidemment, la Dramaturgie n'était pas faite pour les contemporains, mais pour la postérité, qui y a trouvé, ce qui y est en effet : les éléments d'une Poétique, où sont posés, discutés sinon définitivement résolus, les plus importants problèmes de l'esthétique dramatique, avec toutes les ressources combinées d'une science profonde, d'un esprit critique supérieur, et d'une vigoureuse et habile dialectique.
La critique de Lessing n'est pas seulement négative et destructive. S'il détruit d'une main, il bâtit de l'autre, et au milieu des décombres de l'édifice d'architecture étrangère qu'il démolit, s'élèvent les assises du temple nouveau, consacré au génie national. En éman-
cipant le théâtre aUemand de la tutelle du théâtre tragique français, Lessing n'entendait pas toutefois l'affranchir de toute règle, de toute discipline, et Tabandonner à tous les hasards de l'inspiration individuelle et de la fantaisie, livrées à elles-mêmes. En lui donnant pour guides et pour modèles Diderot et Shakespeare, à la place de Corneille et de Voltaire, il entend le soumettre aux véritables lois fondamentales de l'art dramatique, aux principes posés par Aristote, et que, selon lui, Shakespeare a plus complètement, quoique inconscienunent, appliqués que les Français.
Cependant il voit avec tristesse et appréhension Tadmiration pour Shakespeare, provoquée,. encouragée par lui, tourner déjà à Tadoration, à Timitation aveugle de ses défauts, de ses audaces, au mépris même de toute règle, à Tapologie du génie indépendant. Mais Lessing n'entend pas séparer le génie, des règles qui doivent le guider. Aussi bien que l'observation seule des règles ne suffit pas pour créer une œuvre vivante, pas plus que celui qui a fait une statue ne peut se vanter d'avoir fait un homme, car il ne lui manque qu'une toute petite chose : l'âme \ aussi bien, le génie sans règles n'est qu'une force aveugle et désordonnée. Le VHii génie possède les règles en puissance *, elles font partie de lui, elles constituent son essence, et si tout critique n'est pas un génie, tout génie en revanche est né critique ',
Mais la législation dramatique, très large cependant, très libérale, fondée sur la raison et non sur la tradition,