‹ LessingChapitre 204 sur 233 · BoerDe, Dramalurgitche Blàtter · texte numérisé non relu

BoerDe, Dramalurgitche Blàtter

appelle « la plus résolue de notre sexe ». L'aveu qu'elle fait de sa faiblesse : « qu'elle est faite de chaii: ; qu'elle a des sens, et le sang aussi jeune^ aussi chaud qu'aucune autre, et qu'elle ne répond de rien », cet aveu, même fait à un père dans un moment extrême, est étrange et choquant dans la bouche d'une vierge ^ Lessing n'avait pas l'intuition de l'âme féminine, ni le don de la peindre*. Il avoue d'ailleurs lui-môme (lettre à Nicolaï) qu'il n'avait pas l'intention de faire d'Émilia l'héroïne de la pièce, et il invoque le témoignage d'Aristote, assez déplacé dans l'espèce, « qui, en parlant de la bonté des mœurs au théâtre, exclut expressément les femmes et les enfants » . Lui-même ne reconnaît pas à une jeune fille « de plus hautes vertus que la piété et l'obéissance ». Médiocres qualités pour un personnage dramatique !

L'intérêt psychologique, sinon dramatique de la pièce, est dans le caractère du prince et de son infernal complice Marinelli. Lessing a très bien analysé et dépeint l'âme complexe de ce jeune souverain, *dont on pouvait trouver l'original dans mainte cour d'Allemagne, à cette époque : dilettante, amateur éclairé d'art et de peinture, dissertant en connaisseur avec son peintre Gonti ; avec cela , homme de plaisir, avec une pointe de sentimentalité; mais dominé par ses passions, sans scrupule quant aux moyens de les satisfaire, sachant

1. Claadiu8, l*humouristique messager de Waodsbcck, dil *au sujet d'Émilia: « A sa place, j'aurais eu le courage de traverser toute nue uue légion de damons libidineux, et pas un n'aurait osé me touclier! 0,

8. La comtesse Orsina, la maîtresse délaissée du prince, dont la jalousie tourne à la folle, est peinte avec des traits de passion et de colère violents et désordonnés, sans nuances et on somme peu intéressante comme toutes les peiuturos de la folie au théâtre .

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qu'il peut tout ; sacrifiant tout, même les afialies sérieuses, et dans sa distraction amoureuse, prêt à signer une condamnation à mort, si son prudent chancelier ne la dérobait à temps. Seulement, le prince qui est au premier plan dans le cours de la pièce, s'efface au dénouement, auquel il doit rester à peu près étranger.

Marinelli, ce monstre sous les traits d'un élégant cavalier et d'un souple courtisan, est après le prince une des figures les plus réussies, un des caractères les plus subtilement analysés et fouillés du théâtre de Lessing, et un des rôles favoris des grands acteurs d'Allemagne. Shakespeare est ici son modèle, quoique Marinelli ressemble encore plus au Narcisse de Racine qu'à aucun personnage de Shakespeare. Du reste, ÈmUia Galotti par sa construction savante et régulière, par l'enchaînement logique et rigoureux des scènes, par la précision nerveuse du style, par l'action serrée, sans digressions, ramassée et strictement maintenue dans les limites de l'unité de temps, ÉmUia GalotU, à part les vers et le dialogue plus familier, encore que trop subtil et dialectique, ressemble plutôt à une tragédie classique qu'à un drame shakespearien, dont elle n'a ni l'ampleur, ni le mouvement, ni la vie intense et fourmillante, ni surtout la passion. Elle manque chez Lessing ou du moins elle n'éclate pas. Jamais dans les situations les plus pathétiques, on n'entend le cri de la nature. La passion est pensée avant que d'êlre sentie. Elle s'atténue et s'affaiblit, en passant par la réflexion *. En somme,

1. C'est ropinioQ de Gœthe qui écril à Herder: c Bmilia GaloUi est seulement pensée. Ni hasard, ni imprévu no 8*y reocoDlrent. Avec tant soit peu de bon sons, on peut comprendre le pourquoi de chaque scène. Aussi je n'aime guère celte pièce, quoique pour le reste ce soit

la pièce de Lessing, à la lecture, il est yi*ai, plus qu'à la représentation, où l'acteur peut y mettre son âme, laisse, avec une admiration très légitime pour Tart du savant dramaturge, une impression de froideur, et Fr. Schlegel, qui, comme romantique, n'a jamais rendu pleine justice à Lessing, a cependant assez bien jugé Èmilia GalotU, quoiqu'un peu sévèrement, dans sa Dissertaion sur Lessing, en l'appelant < un bon exemple d'algèbre dramatique, une œuvre de réflexion pure, née dans la peine et la sueur, qu'on ne peut admii'er qu'en grelottant, et où Ton grelotte en l'admirant ». Si Lessing, dans la Dramaturgie, avoue qu'il doit tout à la criticiue ; qu'il ne sent pas en lui « la source vive qui jaillit par sa propre force en gerbes abondantes et pures ; qu'il est obligé de tirer de lui à l'aide de pompes et de pistons », Èmilia GalotU est bien faite pour lui donner raison. Il n'en est pas moins vrai qu'elle est par ordre de date et de mérite la première véritable tragédie allemande, et digne aussi, par ses qualités, de figurer à côté de celles des maîtres.

an ehef-d*œavre. i Gœlhe, du reste, a varié dans ses jugements sur Emilia Galotti. Au début de sa carrière il la loue et rQdniire,plu8 tard il la respecte s comme une vieille momie ». — Schiller non plus n*ai« malt les pièces de Lessiag. Emilia Galotti en particulier lui était antipathique.

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