Voy. plus loia
la partie natm*elle et rationnelle. On peut voir dans cette dissertation, comme un prélude à la doctrine ultérieure et définitive de Lessing.
Ce même esprit de rationalisme philosophique et voltairien se montre encore, et plus accentué, dans l'esquisse d'un travail sur la Manière dont s'est transmis et propagé la religion chrétienne {von der Art und Weise der Fortpflanzung und AusbreUung der chrisUichen Religion). Cette propagation du christianisme est expliquée par des causes toutes naturelles et historiques, par des moyens humains, sans aucun miracle, sans intervention divine : par la décadence du paganisme et du judaïsme, surtout par l'habileté de son fondateur, qui a eu soin de choisir comme disciples et auxiliaires, des gens ignorants et simples, des âmes naïves et crédules, prompts à l'enthousiasme, ardents à la propagande, et qui a eu l'art de s'adresser surtout aux femmes. « On sait comme tous les chefs de religion et de sectes, y compris le fondateur de la première, dans le paradis, ont su s'en servir. »
Lessing est ici tout à fait dominé par le scepticisme philosophique et antichrétien de son milieu berlinois. C'est un ami de Nicolaï et un disciple de Voltaire qui parle.
Cette disposition cependant ne persiste pas. Déjàdans les Lettres sur la littérature, quand il raille le christianisme équivoque de Wieland et du Censeur du Nord, nous le voyons placé à un point de vue plus élevé, plus rapproché môme de l'orthodoxie, que de ses adversaires.
Pendant son séjour de Breslau, de profondes études d'histoire religieuse et patriotique l'occupent. Il médite Spinoza et TertuUien, comme s'il voulait se pré-
parer et s'aimer pour la campagne théologiquë qui s'ouvrira dix ans plus tard.
A Hambourg, le théâtre et l'archéologie l'absorbent. Mais à la fin de son séjour, et avec son départ pour Wolfenbûttel, s'ouvre la dernière période, et non la moins importante de sa vie, et que la théologie et la philosophie occuperont presque tout entière.
En 1769, comme nous l'avons déjà dit, des offre» très sérieuses furent faites à Lessingpar un de ses amis, le professeur Ebert, au nom du prince héréditaire du duché de Brunswick, pour l'engager comme directem* de la bibliothèque ducale de Wolfenbûttel. Ce jeune prince, neveu de Frédéric le Grand, et qui s'était distingué dans la guerre de Sept ans, était amateur et connaisseur instruit d'art, de littérature et de théâtre ; avec cela, comme la plupart des princes allemands d'alors, homme de plaisir, fastueux et prodigue, à la fois généreux et égoïste, bienveillant et despotique à ses heures. Comme ce jeune prince s'intéressait particulièrement aux questions d'antiquité et d'archéologie, il connaissait les travaux de Lessing, et l'idée d'attacher à son service cet homme célèbre qui pouiTait faire plus tard honneur à son règne et augmenter l'éclat de sa petite cour, lui souriait assez.
Lessing, de son côté, fatigué du théâtre et embarrassé de dettes, pilota volontiei*s l'oreille aux offres d:^ son ami. Le métier de bibliothécaire n'avait rien que de tentant pour un amateur passionné de livres, de
manuscrits, de curiosités d'érudition, comme lui. II entrevoyait là un studieux loisir, une situation assurée, un abri définitif pour ses vieux jours.
Ce n'est pas sans peine cependant et sans regrets que Lessing se sépara de Hambourg, où il laissait d'excellents amis, entre autres la famille Reimarus, dont le nom va bientôt jouer un rôle décisif dans sa vie ; le négociant Kônig et sa femme Eva, devenue veuve à ce moment même, et avec lacjuelle Lessiug entretiendra une correspondance assidue et affectueuse, jusqu'au moment où un lien plus intime remplacera l'amitié. Le 7 mai 1771, Lessing fut officiellement installé dans son poste de bibliothécaire de Wolfenbûttel ^ Le changement de milieu, l'attrait que lui off'rait cette bibliothèque, riche en ouvrages rares d'histoire et de théologie, en manuscrits précieux, en chroniques et en correspondances curieuses , adoucirent pendant un temps le regret d'être séparé de ses amis de Hambourg. Mais cette lune de miel fut de courte durée. Bientôt se ûrent sentir les inconvénients et les ennuis de sa vie solitaire, dans une petite ville, sans distractions, sans ressources, sans relations. De fréquentes excursions à Braunschweig, où il trouvait de bons amis, un théâtre, quelque chose de la vie d'une capitale, ne parvinrent pas à le consoler. Son humeur s'aigrit et sa santé s'altéra. La mort de sou père augmenta sa tristesse ; d'autre part, des promesses formelles d'augmentation, faites à diflérentes reprises par le prince héréditaire, restaient sans
1. Il recevait C09 Ihaiors de traltemeot avec logement dans le dukteau. Ses Tonctions admiiiUlralivcs étaient réduites à pou de chose. Le prince avait gracieusement déclaré que la biblîoUièque devait senir A Lessiug et nou pas lui la servir.
effet. Les dettes commerciales qu'il avait contractées à Hambourg le pressaient. Tout conspirait à lui rendre de plus en plus désagréable le séjour de Wolfenbiittel. Sa correspondance avec Eva Kônig et avec ses amis nous peint l'état de son âme :
« Souvent je suis saisi du dégoût de la vie. Je ne vis pas, je rêve ma vie (ich vertraûme mein Leben). Un travail absorbant qui me fatigue ; un séjour que l'ab* sence de toutes relations rend insupportable ; la perspective d'une étemelle uniformité; toutes ces choses ont une si fâcheuse influence sur mon corps et sur mon esprit que je ne sais si je suis malade ou bien portant. » Il s'irrite des compliments qu'on lui fait de son air de santé, et il est tenté de répondre à ces compliments par un soufiQjet '. Malade, il l'était sans doute, mais moralement. Cette nature avide de mouvement et de changement, aussi incapable de se fixer dans im môme endroit que dans une môme occupation, n'était faite ni pour le séjour de Wolfenbiittel, ni pour les devoirs et les obligations d'une charge quelconque. A Breslau, grande ville d'ailleurs, les distractions, les émotions du jeu, lui avaient fait prendre en patience les travaux administratifs. Wolfenbûttel ne lui offrait pas les mêmes compensations. Soii imagination aigrie s'exagère à plaisir ses souffrances et les ennuis de sa situation { « Je suis plus que malade, écrit-il encore ; mécontent, aigri, féroce, irrité contre moi et contre le monde entier... dans la solitude où je suis forcé de vivre ici, je deviens chaque jour plus bête et plus mauvais. Il faut que je me retrouve au milieu d'êtres humains dont je suis, ou