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Avril

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formelles qu'il a données, venir eu aide à sa mère et à sa sœur, dont la position depuis la mort du père est des plus précaires. « Il expose sa situation à son frère Théophile ; il lui avoue qu'il a été obligé de demander une avance d'une année sur ses appointements, pour ne pas s'exposer à une procédure déshonorante. »

11 sent que poiu: sortir de cette situation, il s'agit de prendre un parti extrême. Un voyage seul pourra le guérir. Il s'y décide, malgré le mauvais état de ses finances, avec sou insouciance d'artiste qui ne songe pas au lendemain. Il demande et obtient une nouvelle avance d'une demi-année, et le voilà parti (février 1775). II s'arrête d'abord à Leipzig, puis à Berlin, à Dresde, revoit ses anciens amis et reprend avec eux ses entretiens d'autrefois sur l'art et la littérature. Mais Timpatience de retrouver son amie £va Kônig, qu'il n'avait revue que passagèrement une ou deux fois à Braunschweig qu'elle traversait, et dont la séparation était un de ses plus vifs chagrins, le pousse à Vienne. M""' Kônig s'y trouvait alors, occupée à arranger les affaires embrouillées et compromises que la mort de son mari avait laissées à sa charge. Ce séjour de Vienne, outre le bonheur de cette rencontre, vaut à Lessing la faveur d'être reçu par l'empereur et l'impératrice d'Autriche, ainsi qu'une ovation flatteuse au théâtre, où l'on représente en son honneur ÈmiUa GalottL

Presque en même temps que Lessing, était arrivé à Vienne le jeune prince de Brunswick, frère du prince héréditaire, son trop oublieux protecteur. Il projette un voyage en Italie et propose à Lessing de l'enunener. Celui-ci n'ose refuser au fils de son souverain. Le voyage d'Italie depuis longtemps d'ailleurs était pour lui in

votis. On part, au grand regret de M"* Kônig, qui ne peut pardonner au prince de lui enlever son ami. Ce voyage, qui dure près d'un an, de février à décembre 1775, conduit les voyageurs par Milan, Turin, Gènes, à Rome et de là à Naples. Il se serait prolongé encore, si le jeune prince n'avait pas été rappelé en Allemagne. Lessing revint à Wolfenbûttel après un assez long détoiur, plus content et plus confiant dans l'avenir. Ce voyage, stérile au point de vue de ses études artistiques, eut une influence bienfaisante sur sa santé et sur son moral. Sa situation aussi s'améUora et les promesses, longtemps différées, reçurent enfin, non sans tirage encore, leur exécution *.

Au même moment lui arrivent de la cour de Maimheim des propositions très acceptables, et qui auraient notablement augmenté ses ressources. On lui décerne le titre de membre ordinaire de l'Académie de Maunheim, avec l'offre de 100 louis annuellement, à charge d'assister au moins tous les deux aus aux séances de cette académie, frais de voyage payés, et de fournir chaque année un mémoire. On espérait aussi que, pendant sa présence à Mannheim, il mettrait son expérience au service du théâtre national qu'où venait de fonder. Lessing accepta, ayant reçu de son prince l'autorisation pour ses voyages à Mannheim. Mais cette proposition n'était qu'un leurre. Non seulement, on lui demanda d'engager des acteurs pour le théâtre, sans môme lui

1. Il reçoit près de lOO th. avec lo titre de conseiller aulique. Une nouveUe avance lui est accordée pour le paiement de ses dettes, et remise lui est faite de Tavance déjà reçue. Cependant, Lessing par scrupule de délicatesse ne crut pas devoir accepter cette dernière faveur.

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avancer les fonds nécessaires, mais il ne fut jamais question de lui payer les 100 louis promis. On exigea de lui plus qu'il n'était convenu, et on ne lui donna pas ce qu'on lui avait offert. Des intrigues locales conth* buèrent à faire échouer cette affaire qui montre bien le laisser-aller administratif des petites coui*s d'Allemagne de cette époque, et le sans-gêne avec lequel on se permettait de traiter des hommes de la valeur de Lessing.

Mais Lessing avait de quoi se consoler de ce mécompte. Quelques mois avant l'issue de cette malheureuse aventure, il avait réalisé un projet longtemps poursuivi, arrêté par toutes sortes d'obstacles et de traverses. Le 8 octobre 1776, il s'était uni à son amie M*"* £va Kônig, esprit distingué et cœur vaillant, douée d'un grand sens pratique, aimante sans sentimentalité romanesque , tout à fait la femme qu'il lui fallait et digne en tout point d'associer sa vie à la sienne V Cependant, ce bonheur si impatienunent attendu, cette paii et cette douceur du foyer dont il jouit tardivement, après tant d'agitations et de pérégrinations, ne dureront pas longtemps. Douze mois plus tard, la naissance d*uu lils venait réjouir l'heureux époux, mais après vingtquatre heures Tenfant mourut, et quinze jours après, la mère le suivit dans la tombe.

Dans les âmes viriles et stoïquement résignées, les plus cuisantes douleurs se concentrent et ne se répandent pas au dehors en plaintes et en lamentations abondantes. « Ma femme est morte >, écrit-il à un ami deux

1. La corrospondance de M*"* KôDîg avec son futur mari nous donne un portrait vivant de Tesprit et du caractère de cette femme sérieuse et aimable. {Œuvres, t. So, I. Éd. Hempel.) Cette correspondance a été publiée aussi à part par A. Schune. Leipzig, 1870.

jours après la catastrophe, « et voilà encore une expérience de faite. Je suis content qu'il ne m'en reste plus beaucoup de semblables à faire, et cela me soulage beaucoup. » Et le lendemain, au même: « ... Si je pouvais, en donnant la moitié de ce qui me reste encore à vivre, acheter le bonheur de passer l'autre moitié avec elle, comme je le ferais volontiers ! Mais cela ne se peut, et me voilà obligé de suivre mon chemin tout seul, cahin-caha. Une bonne provision de laudanum d'occupations théologiques ou littéraires m'aideront tant bien que mal à supporter une journée après l'autre. »

Dans ce laconisme ironiquement amer, perce un profond désespoir.

Nous avons raconté le plus brièvement possible les événements extériem*s de la vie de Lessing pendant son séjour à Wolfenbùttel, jusqu'au moment le plus animé de la lutte théologique qui remplira de son bruit et de son éclat le monde religieux, et qui se prolongera jusqu'à la veille de la mort du vaillant polémiste.

Parmi les travaux qui occupent Lessing depuis son entrée en fonctions, la théologie et l'histoire religieuse tiennent une grande place. En visitant les trésors de sa bibliothèque, il avait trouvé, parmi les six mille manuscrits qu'elle renfermait, celui d'un des plus célèbres docteurs du xi* siècle, de Bérenger de Tours, où ce dernier expose et défend contre Lanfranc, l'archevêque de Cantorbéry, sa doctrine de la transsubstantiation dans l'Eucharistie, contraire à celle que prêchait l'Église catholique. Cette doctrine, qui admet la présence réelle

du Christ dans la Sainte Gène, est celle même que devait prêcher Luther cinq siècles plus tard, et le docteur catholique se trouve être le prédécesseur du réformateur protestant. Cette découverte était une véritable réhabilitation; car on croyait que Bérenger, ne pouvant réfuter Lanfranc, s'était rétracté et était mort repentant. Lessing ne publia pas le manuscrit in extenso, mais il en donne des extraits ; il fait connaître Tauteur, U ana> lyse, il explique sa doctrine, et prend occasion de plaider la cause des hérétiques, qui ont au moins le mérite « de vouloir voir par leurs propres yeux » et s'échauffe contre l'injustice et les violences de leurs persécuteurs. Deux auti*es dissertations sur des matières théologiques parurent avec d'autres travaux deux ans plus tard, en 1773, dans le 1^' et le 2* fascicule des Matériaux pour l'histoire et la littérature, tirés des trésors de la bibliothèque de Wolfenbiittel. La première est un travail inédit de Leibnitz sur l'éternité des peines, qae Lessing à son tour, à l'exemple du grand penseur, essaie de démontrer philosophiquement. La seconde a pour objet l'examen des objections que le pasteur socinien Wissowatius avait faites contre le dogme de la Trinité. Lessing cherche à établir, par des raisons philosophiques, la vérité de ce dogme fondamental de l'Église luthérienne, et défend Leibnitz, qui avait, lui aussi, essayé de le faire, du soupçon d'avoir voulu plaire aux orthodoxes; et il se défend lui-même par avance, en demandant s*il n'est pas permis à un penseur d'examiner philosophiquement des dogmes, môme s'il n'y croit pas person* nellement. Ces publications avaient fait très bon effet dans le parti théologique et orthodoxe, qui se flattait déjà de compter Lessing parmi les siens. On se trompait

fort et la suite le prouvera. Lui-même n'entend nullement se faire honneur des éloges qu'il reçoit, et il rassure ses amis de Berlin qui s'inquiétaient de le Toir passer dans le camp ennemi. Ce serait bien mal comprendre la nature d'esprit de Lessing, que de vouloir l'enrégimenter dans un parti quelconque. Lessing n'appartient à aucun parti ; il est lui-môme ; il est du parti de Lessing. Sans esprit de système, sans prévention d'aucune sorte, si ce n'est contre l'équivoque et le sophisme, avec une entière indépendance d'esprit, il s'attache aux questions qui l'intéressent. Il cherche à en tirer la part de vérité, la substance intellectuelle qu'elles contiennent. Il imite en ceci la méthode, la grande manière de penser de Leibnitz, son véritable maître, « qui, dans sa recherche de la vérité, n'avait jamais égard aux opinions admises ; mais, persuadé fermement qu'il n'y a pas de vérité admise qui dans un sens et par un certain côté ne soit pas vraie, il se plaisait souvent à tourner et à retourner cette opinion, jusqu'à ce qu'il parvînt à faire ressortir ce côté, à rendre intelligible cette part de vérité... Son art, que dédaignent nos philosophes du jour, trop sages pour cela, consistait à laisser volontiers de côté son système, et cherchait à conduire chacun à la vérité, par le chemin même où il l'avait trouvée*. » La recherche sérieuse, libre et désintéressée de la vérité avec un respect sincère du christianisme et le désir d'y découvrir et d'en dégager les éléments de la vraie religion, voilà le point de vue où se place Lessing, et par là il se distingue à la fois des orthodoxes, qui repoussent comme un danger toute libre

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