Anti-Côte
de la logique et de Tari oratoire : syllogismes, dilemmes, démonstrations à Tabsurde, apostrophes, iuteiTOgâtions, dialogues,* prosopopées, sont ici mises en œuvre. Tantôt Lessing argumente avec son adversaire comme un docteitr en théologie ; il le presse, iirenserre dans les tenailles de son raisonnement ; il l'accable de son érudition plus sérieuse que la «ienne -, il le prend en flagrant d^it d'ignorance, d'inconséquence ou de mauvaise foi; tantôt il l'accable d'invectives éloquentes, ou bien de railleries plus meurtrières encore. Son style, tout solide et substantiel qu'il est, n'est ni sec ni abstrait. Sa logique est animée et colorée. Il appelle à son aide des images, des métaphores, des comparaisons, qui ne sont pas des ornements pour plaire à l'imagination, mais de nouveaux arguments pom* fortifier son raisonnement. Son adversaire Gôze, faute de bonnes raisons à lui opposer, avait critiqué l'emploi trop fréquent de ces métaphores et de ces comparaisons, faites seulement, dit-il, pour égarer l'imagination de ses lecteurs, et leur donner le change sur la valeur de ses raisonnements, qui ne sont « qu'mie logique de théâtre > . Lessing trouve moyen de s'expliquer sur ce point, et de donner en passant, à Gôze ainsi qu'à nous, une excellente leçon de style. Faisant une variante humouristique à l'axiome de Bufifon : le style c'est l'homme, il affirme que € chacim a son style, comme chacun a son nez •, qu'il ne peut rien y changer, et que ce n'est pas plus d'un chrétien charitable de se moquer du style de quelqu'un, que de se moquer de son nez. » Il convient qu'il use volontiers de la métaphore ; mais il ne pense pas que « ce soit nuire à la vérité que de communiquer aux idées froides et abstraites quelque chose
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de la chaleur et de la vie du langage naturel; qu*au surplus il importe peu comment nous écrirons, mais beaucoup comment nous pensons. » « Je ne connais pas de style brillant, qui n'emprunte plus ou moins sod éclat à la vérité. La vérité seule donne le vrai piment, même à la moquerie et à la farce ^ » Quant à sa logique de théati'e, dont s'est moqué le pasteur, il lui prouve, à chaque page de son Anti-Gôze, que le théâli*e n'est pas une trop mauvaise école, même pour avoir raison d*uii docteur en théologie*. On voit qu'au milieu de ses emportements Lessing est toujours maitre de lui. Cette lutte lui plaît ; il en jouit. 11 s'amuse de Tembarras de son adversaire et des coups habiles qu'il lui porte ; il est satisfait de voir son frère < goûter enfin le haut comique (sic) de cette polémique ».
Ou a souvent comparé VAnLi-Guze aux Provinciales, 11 y a eu effet plus d une analogie entre ces deux célèbres pamphlets ; d'abord, quant au talent supérieur des deux écrivains ; à leur art de varier le ton et les formes de leur polémique, à la fois rigoureuse, serrée, ironique et railleuse ; ensuite, quant à l'intérêt moral et religieux des questions engagées dans le débat. Mais il y a de sérieuses différences aussi : Pascal est un croyant, qui défend la morale naturelle et chrétienne contre la morale relâchée et la casuistique tortueuse des Jésuites. Lessing défend les droits de la critique et du libre examen contre Tintolérance tyrannique de l'orthodoxie