Anii-Gàze
a. C*est à Toccaslon de la polémique de Gôze contre le théâtre gue Lessiiif?, interrogé sur ce qu*il en pensait, donna cette réponse que nous avoua dûj:ï citée : i On me demande si un pasteur peut faire des comédies? Oui , 8*il peut. — Et un auteur comique peut-il faire des sermons? Oui, a*U veut. »
luthérienne. Si Pasca^a pour lui, dans cette lutte, tous les gens bien pensants, chrétiens ou non, Lessing a centre lui plus d'une âme sincèrement religieuse et croyante, dont la foi ne peut s'accommoder des distinctions de sa critique. Voilà pour le fond. Pour la forme : si le talent, le génie de la polémique, est égal de part et d'autre, il n'a pas les mêmes allures, la même physionomie. Pascal est un Français du xvii* siècle, qui conserve môme dans les plus vives ardeurs de la lutte la distinction, le tact, la politesse de rhomme du monde. Lessing a moins de tenue et de mesure. La politesse n'est pas son fait, il n'en veut pas; il la dédaigne. Il est violent, souvent binital. Il est vrai qu'il défend sapei^sonne injuriée et calomniée, tandis que Pascal, qui ne se nomme pas, défend ses idées contre un adversaire collectif, contre un parti qui n'est pas représenté par un individu parlant en son nom. Lessing se laisse aller à son humeur, et va comme elle le pousse. Il change brusquement et de ton et d'attitude ; passe sans transition de l'argumentation à l'invective ou à la plaisanterie. Les comparaisons et les métaphores dont il émaille son discours, tout expressives et frappantes qu'elles sont, ne sont pas toujoui*s du premier choix ni du meilleur goût. Il a les allures et le parler populaires, loi*sque son sujet l'exige. Sa verve d'ironie et de plaisanterie a plus d'originalité et de relief que celle de Pascal. Mais elle déborde trop ; ses plaisanteries et ses comparaisons sont trop prolongées, poursuivies trop subtilement dans le détail. Enfin l'unité de style, qu'on trouve chez l'auteur des Provinciales, malgré la variété du ton ; l'ordonnance régulière, la savante composition de chacune des parties de cette œuvre fragmentaire, man-
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quent à Lessing. 11 y à la mépie différence, toutes proportions gardées, entre VAnti-Gôze et les Promneiales, qu'entre un drame romantique et une tragédie classique. Lessing est Allemand ; il est peuple ; il rappelle bien plus Luther et les pamphlétaires du zvi* siècle, que Pascal ou Voltaire.
~ Dans cette lutte, le talent dé Lessing et la cause qu'il défendait, lui ont donné ii^^ontestablement l'avantage sur un adversaire qui, malgré son habitude et sa passion de la polémique, n'était pas de'taille. Ses affirmations hautaines et dédaigneuses, ses violences de langage, alternant avec une mansuétude affectée, ses lourdes plaisanteries, ses anathèmes, ses accusations et ^es dénonciations perfides, qui remplacent une discussion sérieuse, une réfutation précise des opinions de l'adversaire, auquel il fait dire souvent tout autre chose que ce qu'il a dit ^ ; tout cela faisait la partie belle à Lessing et mettait les bons esprits de son côté. Toutefois, il est juste de dire qu'on a trop rabaissé, trop maltraité Gôze, et ou a provoqué de nos jours des essais de réhabilitations exagérées aussi, dans le sens contraire, et injustes par contre-coup à l'égard de Lessing*.
Gôze en défendant à outrance, unguibus et rosira, la cause de l'orthodoxie, était dans son rôle et dans soo droit. Il l'a fait maladroitement, il est vrai, et en em- X)loyant parfois des moyens qui ne sont pas de jeu ; mais
1 . Leasing affirme que le christianlame a existé avant qu^aucun document écrit n*ait paru. Gôze affecte de croire que Lessing a prétend ii qu*il a existé avant toute prédication.
8. Voy. Rôpe, Melchior Gôze, eine Rettung, et un assez grossier et vulgaire pamphlet : Leuingiasis und Nathanologit, ▼. 8. Brunner. Paderlwrn, 1890. L*ouvrage de Boden, L$iiing und Gôze, en réponse à celui de Rôpe, remet les chos 'S on leur vraie place.
avec courage et conyiction. Et puis, il n'a pas toujours tort. Sa foi était entière et absolue. Pour lui comme pour tous les chrétieus luthériens et orthodoxes, la Bible est la parole de Dieu, la source et le dépôt sacré de ]a foi. Il ne peut cousentir à ce triage que Lessing veut opérer, entre ce qui est essentiel dans la Bible et ce qui n'est qu'accessoire. Il lui répond que si Ton en retranchait tout ce qu'il voudrait en retrancher, « la Bible se réduirait à une édition de poche » . Gôze ne pouvait non plus admettre qu'on sépai'e de la doctrine chrétienne la peraonne historique du Christ, sa vie, ses miracles, comme choses contingentes et qui ne tiennent pas à l'essence du christianisme. Pour lé croyant, la personne et la doctrine du Christ sont inséparables et ne font qu'un. C'est sa vie, sa moït et sa résurrection; ce sont les miracles qu'il a accomplis, qui attestent la divinité de sa mission et l'efficacité de sa doctrine. Gôze a raison encoi*e de demander à Lessing en quoi œnsiste, en définitive, ce christianisme, indépendant selon lui de la Bible, qu'il met en avant; en d'autres termes, quelle est la religion qui est la sienne \ La question était captieuse, mais non indiscrète et inquisitoriale comme on l'a prétendu. On a droit de demander à un adversaire quelle est la couleur de son drapeau. Lessing se tira habilement d'affaire, et dans un opuscule qui fait suite à VAnti-Gôze: Réponse nécessaire à une question inutile du pasteur Gôtze, il déclare « que par religion chrétienne il entend tous les articles de foi contenus dans les symboles des quatre premiers