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DaM Testament Johannit

CRITIQUE THÉOLOGIQUE ET PHILOSOPHIQUE. j61l

personnages, dont chaciui en représente uù aspect particulier, un degré différent d'excellence et de pureté : Daja, la suivante de Recha, c'est le christianisme sincère mais dévotement superstitieux ; le Templier, le christianisme exclusif, rude et intolérant d'un soldat de la foi, mais qui bientôt laisse voir, sons cette dure écorce, un fond de généreuse humanité ; le Frère servant du couvent, représente le christianisme des humbles et des simples, qui ne raisonne et ne spécule pas, mais qui naturellement, presque instinctivement, réalise dans sa vie, le plus pur esprit et les plus hautes prescriptions de TÉvangile. Daiis le Patriarche de Jérusalem, le haut dignitaire, Torgueilleux et despotique prélat, le théologien mitre, qui sert de repoussoir, nous voyons le christianisme officiel et politiqpie-, intolérant, inquisitorial et fanatiquement persécuteur, sous des dehors de bienveillance paterne et d'onctueuse douceur. Il est difficile de ne pas reconnaître dans cette figure certains traits du pasteur Gôze.

Il n'est pas jusqu'au naturalisme extrême, qui n'ait son représentant, dans le Derviche Al Haû, sorte de Diogène oriental, personnage huinouristique, shakespearien si l'on veut, pair son originalité étrange, qui jette une note gaie dans ce drame philosophique et religieux*.

Pour rendre possible et vraisemblable la rencontre sur un terrain commun, de ces persoimages si différents d'origine, de race et de religion, Lessing a très heureusement transporté sa pièce dans le lointain

1. Acte l<'^ se. m. >* Acte 2, se. U. — Al Haû devait être le personnage principal d*un Épilogue que Lessing voulait donner à la suite de Ifathan, mais qui n*a pas été achevé. (Voir le Tneatraliseher Nachlatg.)

Orient, à Jérusalem, à Tépoque des croisades, où Tislamisme, le judaïsme et le christianisme étaient en présence et en lutte. L'action elle-même est assez ingénieusement imaginée — non sans quelques invraisemblances cependant, et trop de place laissée au hasard — pour mettre en mouvement et aux prises ces personnages ; pour laisser s'exprimer et se développer leur caractère, et montrer comment la religion agit sur eux ; quelle direction elle donne à leurs pensées et à leur conduite; ce qu'elle fait d'eux et ce qu'ils font d'elle. Nous ne pouvons ici raconter en détail les péripéties de cette action, qui n'ont d'ailleurs qu'un intérêt secondaire, dans un drame où tout est subordonné à l'idée. Disons seulement (pi'audénguement, ces personnages, séparés par les hasards de la naissance et de la vie, par la race et la religion *, étrangers les uns aux autres, hostiles même, par leurs intérêts et leurs passions contraires, se retrouvent et se reconnaissent comme membres d'une même famille, imis sans le savoir, non seulement par les liens du sang, mais unis également par les liens plus puissants, de l'aJOTection et de la pratique des mêmes vertus. Ce dénouement assez banal au fond, et qui est le dénouement obligé et attendu de tous les drames et mélodrames de famille, sevait pour nous d'un médiocre intérêt, s'il ne représentait pas symboliquement une haute idée philosophique: c'est que toutes les religions sont sœurs, imies par des afOnités intimes ; qu'elles aussi sont comme les membres séparés d'une même religion commune, supérieure, universelle, la religion de l'humanité; et qu'au lieu de se combattre, elles doivent se comprendre, se respecter et s'aimer les unes les autres. La tolérance, voilà donc

ridée qui tout d'abord ressort du dénouement de ce drame. Une autre idée encore, conséquence de la première, se dégage des péi'ipôties de Taction et de la conduite et des discours des pei*sonnages. Elle est aussi symboliquement exprimée, comme il est naturel dans un drame oriental, dans le célèbre apologue des trois bagues, que Nathan raconte à Saladin, qui lui demande quelle est selon lui la meilleure des religions. Cet apologue, emprunté à Boccace, a été modifié par Lessing, qui lui a donné un sens plus profond, conforme à l'intention de sa pièce \ En Orient, dans des temps reculés, un homme possédait une bague, un joyau merveilleux, qui avait la vertu secrète de rendre son possesseur agréable à Dieu et aux hommes. Ce précieux talisman de vertu et de sagesse, transmis de père en fils, de génération en génération, arriva aux mains d'un homme qui avait trois Als. 11 les aimait également tous trois, et les jugeait dignes, chacun, de posséder ce trésor inestimable. Ne pouvant se décider à donner la préférence à aucun d'eux, aux dépens des autres, il fit fabriquer, à leur insu, deux bagues si absolument semblables à la vraie, qu'il était impossible de les distinguer. A sa mort, les trois frères prétendirent, chacun, être en possession de l'héritage authentique. De là, discussions et querelles entre eux; chacun accusant les autres de fraude et d'imposture. Pour trancher le différend, ils se rendirent devant le juge. Celui-ci se trouva fort embarrassé en présence de ces prétentions toutes, en apparence, également bien fondées. Mais, se ravisant tout à coup : « Eh ! mais, j'y pense. Vous affirmez que la vraie bague a la propriété

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