‹ LessingChapitre 221 sur 233 · I. Aclo 3, se. VII · texte numérisé non relu

I. Aclo 3, se. VII

de rendre celui qui la possède agréable devant Dieu et devant les hommes ! Mais dans votre conduite, je ne vois rien dé pareil. Chacun de vous iie paraît aimer que lui, ne songer qu'à lui; querelle et accuse ses frères. Les trois bagues sont donc fausses, et vous n'êtes tous trois que des imposteurs. Il m'est' impossible de décider la question, niais recevez au moins à défaut de jugement, ce conseil :. Si chacun de vous croit avoir reçu la vraie bague, eh bien, pi'ouvez-lé par vos actes. Montrez par votre vie que ce talisman engendre en effet la bonté, Tamour, le sacrifice dé soi-inôme ; transmettez cet héritage à vos descendants, et dans mille ans d'ici un juge plus sage que moi pourra trancher alors le litige. »

L'apologue est clair, et Nathan a très habilement répondu à la question assez captieuse que le sultan lui a posée. La valeur et la supériorité d'une i*eligion résident, non dans ses dogmes, ses institutions, ses traditions, ses livres sacrés, dans les cérémonies et les pratiques de son culte ; mais surtout et avant tout, dans l'action intime qu'acné exerce sur les actes et la vie de ceux qui la professent; dans la force morale qu'elle leur donne ; dans les vertus qu'elle fait éclore eneux. Ainsi, il ne suffit pas, pouîr être véritablement chrétien, d'en porter le nom, d'en adopter le Credo; de s'acquitter des pratiques extérieures qu'il impose ; pas plus qu'il ne suffit pour être vi*aiment noble, de posséder un nom, des parchemins, un BivhrQ généalogique ] stemrnata quid faciuni? pas plus qu'il ne suffit, pour être un vrai soldat, de porter* un uniforme et d'être enrôlé ôous un drapeau. C'est nous-mêmes qui donnons cette sanction à notre religion; c'est par nos efforts personnels que nous dégageons la vertu intime qu'elle recèle. Cette thèse est

Topposé de la doctrine orthodoxe, d'après laquelle la grâce, seule, donne à Thoinme impuissant et déchu la force dont il a besoin. Il y a plus: toute religion possède cette vertu de nous rendre agréables devant Dieu et devant les hommesf si nous savons la mettre au jour. Ainsi dans notre drame, c'est le juif Nathan, que le monde a surnommé le Sage, qui réalise dans sa con« duite la plus haute conception de la vei*tu humaine. II n'est pas seulement bon, honnête, dévoué et généreux envers ses amis; il est doux et miséricordieux envers ses ennemis ; non seulement il leur pardonne le mal qu'ils lui ont fait ; il leur rend le mal par le bien. Les chrétiens, dans une persécution'contre les juifs, ontmas* sacré sa femme, ses sept enfants; et à ce moment môme, écrasé sous la douleur et le désespoir, il recueille l'enfant d'un chrétien confié à sa garde; et le père mort, il l'élève* ; elle est sa fille, et jamais père n'aima et ne fut plus tendrement aimé que lui, et ne mérita mieux de l'être.

L'esprit et la tendance de ce drame ont été vivement attaqués de différents côtés, comme il fallait bien s'y attendre d'une pièce qui soulève de si délicates, de si graves questions. On a reproché à Lessing d'avoir établi entre les différentes religions une comparaison humiliante pour le christianisme, au profit du judaïsme, et même de l'islamisme, et de l'avoir présenté, dans le personnage du patriarche, sous l'aspect le plus odieux et le plus repoussant.

Ces critiques manquent de justesse. D'abord Lessing n'a pas institué, n'a pas voulu instituer de comparaison^

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