‹ LessingChapitre 222 sur 233 · Ac'.e 4, se. VII · texte numérisé non relu

Ac'.e 4, se. VII

ni marquer des degrés d'excellence entre les difiérentes religions, puisque le dénouement les réimlt au contraire dans une commune parenté et dans une commune sympathie. Ce n'est pas ce qui les distingue, c'est au contraire ce qui les unit, qu'il met en lumière. Il pi-êche le respect, la tolérance, et non l'hostilité et la haine. Il a voulu montrer que, dans toute religion, ou peut pratiquer les vertus qui honorent la nature humaine'. S'il a personnifié son idéal de vertu et de vraie religiosité dans un juif, il ne faut pas oublier qu'il voulait donner une bonne leçon à certains de ses contemporains, à ces pharisiens chrétiens, dont il avait de ti-op nomhi'eux exemplaires sous les yeux : théologiens ou simples fidèles,

qui, se croyant en possession de la vérité absolue, se croient quittes de tout le reste, et se dispensent du soin d'attester leur foi par leurs œuvres; qui méprisent et damnent, quand ils ne les persécutent pas, ceux qui ne sont pas de leur Église. Comaient pouvait-il leur prou-

ver mieux, que dans toute religion on peut donner l'exemple des plus hautes et des plus pures vertus, qu'en choisissant la religion méprisée, honnie, persécutée, la religion juive, où il en coûte plus d'être bon, charitable et miséricordieux envers ceux qui vous haisîsent, et où le mérite doit se proportioimer à reffort? Prendre son exemple chez les chrétiens, n'eût pas convenu au plan de Lessing, et comme dans tout drame il faut le contraste des caractères, il était naturel d'opposer au sage, au charitable, à l'humble Nathan, le Patriarche orgueilleux, fanatique, hypocritement cruel.

1. Voltaire dnns «C9 Etnais historiquet avait vanté la bonlô, la g«nt^ rosi té du Fultnii Baladin, en Topposant au fannltsmo cruel dos chn>i eus. Lessing a reproduit les tr.its quo lui fouruisçait Voltaire.

Nathan le Sage n'est pas davantage une apologie du judaïsme, comme on Ta trop souvent répété, et la faveur dont il jouit dans le monde juif n'est pas une raison suffisante pour lui donner ce caractère qu'il n'a pas, qu'il ne devait pas avoir dans la pensée de Lessing. Nathan n'est pas un vrai et complet représentant du judaïsme- Il est juif, comme l'était Spinoza, comme Tétait Mendelssohn, dont la sympathique figure était certainement présente à l'esprit de Lessing lorsqu'il a tracé ce caractère. Sa religion, c'est la religion de l'humanité, professée par les plus éminents esprits du xviii* siècle ; qui réunit ce que la sagesse antique et moderne, ce que la morale chrétienne elle-même a en«seigné aux hommes. C'est dans ce sens que, dans la pièce même, Nathan est appelé « le meilleur des chrétiens' », et quel est celui d'entre nous qui ne serait pas honoré d'être appelé ainsi, au môme titre que lui ! Dans uïie œuvre dont la tendance bien marquée est philosophique et religieuse, le mérite littéraire est accessoire, et il ne serait pas juste de lui appliquer les règles et les théories dramatiques fonnulées par Lessing lui-même. Il a senti du reste ce qui manquait à sa pièce pour être un vrai drame, remplissant toutes les conditions du genre, puisqu'il l'a intitulée Poènie dramatique {Dramatisches Get/ic/iï).- Néanmoins, ni l'art ni la poésie n'y sont sacrifiés. On peut y admirer quelques-unes des qualités de Tauteur de Minna de Barnhehn et i'Emilia Galctli. Le vqts cette fois a pris la place de la prose, d'abord choisie par Lessing; mais non plus l'alexandrin solennel et majestueux, mais le vers ïambique plus

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