Acio 4, Si*, vu
souple et qui se prêle également à la conversation familière et aux eiivolées poétiques. Tous les éléments dramatiques, jusqu'à des scènes de comédie, se rencontrent dans cette œuvre du genre mixte, que Leasing affectionne, mais dont la philosophie et la religion forment ici la substance. Les caractères, qui toujoui-s sont sa principale préoccupation, ici encore sont la partie importante. S'ils ne sont pas dessinés peut-éli-e d'un trait aussi net et précis que dans ses autres pièces, Us sont détaillés avec toute la finesse et la subtilité d'un analyste expert.
Seulement, la prédominance dala réflexion, que Ton remarque chez tous les personnages de Lessing, est encore plus accentuée chez ceux de ce drame philosophique et didactique. Cesoiit, les principaux du moins, des intelligences dominées et mises en mouvement par des idées, et non des âmes qu'agite et entraîne la passion. Ils n'ont pas la vie intense et puissante des véritables héros tragiques. Ils vivent d une vie tout intellectuelle, sans être cependant de pures abstractions. Si Taction ne nous intéresse pas, et ne doit pas nous intéresser pour elle-même, n'étant ici qu'un moyen ; si l'émotion ne trouve pas tout à fait son compte dans ce tableau aia tons neutres, où il y a plus de dessin que de couleur, l'intelligencs eu revanche est charmée et i-éconforlée par ces hautes vérités, ces nobles sentences, ces beaux préceptes de sagesse et de vertu, de tolérance humanitaire, éclairés et colorés parfois d'un doux et discret rayon de poésie, qui tombent des lèvres du sage Nathan. On s'intéresse, on prend presque part soimême, à ces conversations, à ces discussions un peu subtiles, il est vrai, et souvent ergoteuses, mais qui par
le Ion rappelleraient, en plus d'un endroit, les entretiens de la sagesse antique, si on n'y entendait comme un écho lointain et adouci des polémiques religieuses qui agitaient et divisaient encore rAUeoiague protestante. Ces contemporains des croisades parlent et raisonnent comme des phiiosophes et des théologiens du xvni* siècle, qu'on pourrait aisément nommer par leurs noms. Il serait injuste d'en faire un reproche à Lessing, comme aussi d'avoir trop négligé la couleur et les mœurs locales, que comportait le sujet. Lessing n'a pas voulu faire un drame historique, dont il n'avait d'ailleurs pas le sens, pas plus que son époque; mais un drame d'idée et de tendance, qui continue sur un autre terrain et avec d'autres aimes; une lutte forcément interrompue; et il. aurait volontiers accepté qu'on dise, comme F. Schlegel l'a dit, que Nathan le Sage est le dernier numéro de VAntï'Gôze,