CEuvret, t. XVIII. Éd. H
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le résultat manifeste, d'une étude sérîeuse du système de Spinoza, comme aussi cette autre opinion exprimée par Lessing au cours de son entretien avec Jacobi : « C'est un préjugé humain de considérer la pensée comme la chose première et excellente entre toutes; quand cependant toutes choses, y compris les idées, dépendent de principes supérieurs. Étendue, mouvement, pensée, ont évidemment leur raison d'être dans une force supérieure, dont elles sont bien loin d'épuiser l'énergie... »
La théorie sur la liberté, émise par Lessing, et qn'on attribue également à l'influence de Spinoza, s'en distingue cependant de toute la difTérence qui sépare le déterminisme du fatalisme. Quand Lessing déclare que « la contrainte, la nécessité qui résultent de l'idée du bien, il les préfère de beaucoup à cette possibilité nue (kahl) d'agir dans les mêmes circonstances, de telle façon ou de telle autre » ; quand il remercie le Créateur « d'être contraint de faire le bien * », il oppose à la liberté d'indifférence, dont la possession ne lui paraît d'aucun prix, la liberté, dont le motif, l'idée du bien, n'agit pas sur nous comme une force extérieure à nous, indépendante de nous, mais comme un motif interne, dont nous reconnaissons la légitimité ; qui se confond avec notre raison ; qui est nous-même en quelque sorte. Cette doctrine n'est pas destructive de la liberté ; elle en est au contraire la forme la plus élevée. En tout cas elle n'est pas la liberté selon Spinoza.
Assm'ément, ces citations, auxquelles viennent se
J. Observations ajouttSes aux dissertations phiiosopliiques de G. W. Jérusalem, publiées par Lessing (i776).
joindre les affirmations expresses et précises que Lessing a faites à Jacobi, encore qu'elles ne sont pas rigoureusement conformes à la lettre du système de Spinoza, en attestent à tout le moins, Tinfluence très puissante ; et si Lessing n'avait pas d'autres preuves de ses études et de ses réflexions philosophiques, on pourrait le ranger au nombre, sinon des disciples, au moins des partisans de l'auteur de V Éthique.
Mais Lessing a un autre maître encore que Spinoza, qui peut le revendiquer, non plus comme disciple (Lessing ne l'est de personne), mais comme adhérent sympathique : c'est Leibniz.
A différentes époques de sa vie, nous l'avons déjà dit, Lessing a étudié Leibniz ; d'abord à Berlin \ plus tard à Wolfenbiittel. Plusieurs travaux mentionnés par nous et consacrés au développement et à la défense de certaines idées de Leibniz; l'éloge qu'il fait « de sa grande manière de penser », de sa méthode philosophique, qu'il adopte pour lui-même, montrent combien l'esprit de Leibniz avait pénétré le sien. On sait qu'il avait l'intention d'écrire une biographie de l'auteur de la Théodicée, dont un aperçu se trouve dans ses papiei*s posthumes. Il avait aussi commencé une traduction des Essais avec commentaires.
Outre cette influence générale, plusieurs écrits de Lessing nous montrent une parenté évidente avec Leibniz. Dans le fragment déjà cité sur le Christianisme de la raison, nous trouvons, à côté d'une conception à peu près spinoziste des rapports de Dieu et du monde, des
1. Pope ein Metaphysiker, où Leasing explique comment il faut, d'après Leibniz, entendre Tharmonle et la continuité des êtres.
idées tout à fait leibnizienues sur la nature des êtres eréés : « Dieu crée des êtres simples qui possèdent chacun quelque qualité ou perfection, que possèdent également les autres, et aucun n'en peut posséder, que les autres ne possèdent pas. Ces êtres forment une progression harmonieuse, une série infinie, dont chaque membre contient ce que contiennent les membres inférieurs, avec quelque chose en plus. Chaque degré de perfection implique un degré correspondant de conscience, avec la faculté d'agir conformément à ce degré de perfection. Les êtres qui ont la conscience de leurs perfections avec la faculté d'agir en conséquence, s appellent des êtres moraux, qui peuvent suivre une loi, et cette loi inhérente à leur nature, peut se formuler ainsi : Agir conformément à ses perfections individuelles. » Dans un autre fragment posthiune, intitulé (par son frère) : Que Vhomme peut avoir plus de cinq sens {dass mehr als fûnf Sinne fur den Menschen sein kônnen\ nous retrouvons, à un autre point de vue, cette même conception de Tâme, considérée comme substance simple, susceptible de représentations infinies. Mais ces représentations, elle ne les acquiert que successivement, dans un temps infini, à Taide de ses sens. Actuellement elle en possède cinq ; mais rien ne prouve qu'elle a commencé par là. Comme la nâtiu:e ne fait pas de sauts brusques, elle a dû passer par des degrés intermédiaires, avant d'arriver à celui où elle est présentement. Elle en franchira une infinité d'autres et acquerra des sens nouveaux, correspondant aux connaissances nouvelles qu'elle est destinée à acquérir *. Cette con-