‹ LessingChapitre 23 sur 233 · Vol. 6, p · texte numérisé non relu

Vol. 6, p

3(. Les vrais plaisirs on les Amours de Vénus et d'Adonis,^ Amstei^ dam, 1760.

La littérature française du xviii® siècle, il faut le reconnaître, n'est que trop riche en œuvres d'une spirituelle et élégante corruption, et le plus grand de nos écrivains en a donné de trop fameux exemples. Seulement Lessing va trop loin, et n'est plus dans le vrai lorsque, étendant à tous les écrivains français le repi*oche d'immoralité, il s'écrie : « Lequel d'entre eux n'a rien écrit dont il n'ait à rougir devant les gens vertueux ? Depuis le grand Goi*neille (!) jusqu'à Piron ils ont tous déshonoré leur esprit. Il leur est indifférent de se risquer aux divines harmonies de David ou de composer des épigrammes qui souilleraient même la statue de Priape. » Ceci, il est vrai, s'applique particulièrement à J.-B. Rousseau et à son Portefeuille^ Seulement Lessing oublie que l'Allemagne, dans ce genre de littérature, moins l'esprit et la grâce, était assez riche de son propre fonds. Nous retrouvons ici une tendance fréquente chez les Allemands, qui volontiers présentent la France comme un foyer d'immoralité et de corruption, et rejettent sur elle la responsabilité de leurs propres péchés.

Cette revue, toute sommaire et incomplète qu'elle est, nous i>erm3t dès maintenant de dégager quelques-uns des traits de l'esprit et du caractère littéraire de Lessing. On devine en lui, d'ores et déjà, plusieurs qualités essentielles du critique: un esprit vif et cependant maître de lui-môme, doué d'un coup d'œil pénétrant et juste; possédant une érudition aussi étendue* que so^ lide ; la science du détail, aussi bien que la faculté des généralisations philosophiques ; un bon sens supérieur,

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