R^Uunjen du Horaz
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moins d'être complètement ëdiûés sm*.sa vie privée, ni qu*Horace lui-même se fût beaucoup soucié d'être réhabilité siu* ce point. Mais cent mêmes que les arguments de Lessing ne convaincraient pas, applaudiront son habile et ingénieux avocat. En tout cas la gloire d'Horace n'y perdra rienV
Lange et sa traduction d'Horace nous ont fait perdre un peu de vue les Lettres, mais sans nous en éloigner cependant, puisque c*est par les traductions et les traducteurs que Lessing commence sa Revue de la littérature courante \ Ceux qu'il prend tout d'abord à partie, sont des traducteurs d'ouvrages anglais. Comme l'Allemagne à ce moment se tournait de préférence du côté de l'Angleterre, Lessing qui encourageait ce mouvement, favorable aux intérêts et progi*ès de la littérature nationale, devait veiller à ce que les pi^oduits anglais n'arrivassent pas entre les mains du public allemand, gâtés et falsifiés par de mauvaises traductions. Il est loin d'être satisfait de celles qu'il rencontre. Ici encore, comme pour le malheureux traducteur d'Horace qu'il a si fort malmené, il constate que les traducteurs ne remplissent pas la première et essentielle con-
1. Quant au second reproche dont il veut laver son podle, celui dV voir lâchement jeté son bouclier dans la bataille de Philippe^, Lessing déploie également beaucoup d'érudition et beaucoup de subtilité, pour arriver à cette conclusion : que les vers où Horace avoue lui-môme sa honte, ne sont qu*nn baflinoge poétique, une flatterie délicate à l'adresse d*Auguste, peut-être aussi une imitation d*Alcée, son poète fk* vori, qui raconte de lui-même un trait analogue.
1. Un au auparavant, dans la Bibliothek, Leasing avait publié une appréciation très longue, très détaillée d'une traduction des IdylUê de Théoarite, de Mosehuê et de BUm d'un certain Ueberkûhn. L'ignonnee du traducteur et la science philologique du critique se montrent à chaque page de cet article.
dition qu'on exige d'eux : celle de connaître la langue de Tauteur qu'ils traduisent. Au contraire, c'est en traduisant qu'ils veulent apprendre à la connaître. « Leurs traductions leur servent d'exercice et d'apprentissage, et en outre ils sont assez malins pour se faire payer leur apprentissage. » Ils n'ont pas davantage l'intelligence du poète qu'ils traduisent. Voici par exemple un littérateur, Lessing ne le nomme pas', qui donne une traduction de Pope en prose ; de Pope un poète, et un poète c dont le plus grand mérite consiste dans ce que nous appelons, la partie mécanique de la poésie, et dont le plus grand effort tendait à enfermer les pensées les plus substantielles dans le moins de mots possible et dans le style le plus harmonieux et pour qui la rime était un jeu. Traduire un tel poète en prose, c'est le travestir plus encore, que si l'on traduisait Euclide en vers » .
Il n'y a là, il est vrai, qu'une entreprise et une spéculation de librairie. Le traducteur n'est ici que l'instrument du libraire, qui lui fait gagner de l'argent pom* en gagner lui-même. Mais au moins, un manœuvre ne devrait pas se vanter orgueilleusement c d'avoir complètement compris le poète anglais, et d'avoir pensé que son faible talent servimit à rendre suf&samment l'essor et la précision de son modèle » .
Pour le punir de ses prétentions si peu justifiées, Lessing lui signale un certain nombre de contre-sens , comme il avait fait pour le pasteur de Laublingen, quoique avec moins d'âpreté, parce qu'ici c'est le criti-
]. Ce traducteur anonyme c'est I. I. Dusch, dont il sera question pluB loin.
que et non rhomme calomnié qui parle. Un tradacteur des fables de Gay, s'attire aussi de la part de Lessing des reproches mérités*. Enfin un certain Bergmann, qui s'est avisé de traduire les lettres de lord Bolingbroke sur Tétude et Tusage de rhistoire, a fait prouye, dans sa traduction, de la même ignorance et, Lessing n'hésite pas à le dire, de la môme impudence. Ce qui irrite le critique, et ce qu'il reproche à ces < journaliers de lettres » (geUhrte Taglôhner)^ c'est, outre l'ignorance de la langue, l'incapacité de repenser les idées de l'original {ihrem Originale nachzudenken). Autrement, la suite logique des idées leur montrerait le plus souveni les fautes où les a conduits une connaissance insuffisante de l'idiome étranger, et leur ferait éviter au moins les plus grossiers contre-sens. La traduction de Bolingbroke foujuit d'abondantes preuves à l'appui de ces réflexions et des préceptes que donne ici Lessing, et qui constituent une excellente théorie de l'art de traduire. Cette théorie se résume en ces mots : « Le traducteur doit penser avec son original. » Plus tard dans la Dramaturgie, il imposera la même règle à l'acteur qui, lui aussi, est le traducteur de la pensée du poète. Les traducteurs visés par Lessing (de Palthen, Bergmann) commirent, comme le pasteur de Laublingen, la maladresse de réclamer contre ses critiques. Mal leur en prit. 11 s'était contenté d'indiquer discrètement à ces messieurs, quelques fautes. C'était un avertissement plutôt encore qu'une leçon qu'il voulait leur donner. Mais eux s'irritent, se déclarent calomniés, traitent les fautes signai
1. M. do Pallhen qui avait déjà donné une traduclion dos StUiont de TliumsoD.
CRITIOUE LITTÉRAIRE. 13
lées d'insignlflantes bagatelles, et dans leur présomptueuse ignorance, défient Lessing de leur en indiquer d'autres. Imprudent défi ! Lessing ne se fait pas longtemps prier. Il arrive les mains pleines de fautes nouvelles et graves ; il leur en donne, en veux-tu en voilà ! et par surcroît il prouve à Bergmann que non seulement il ne sait pas Tanglais, mais qu'il ne sait pas non plus le latin, ni le français.
Ce ne sont pas les seuls modernes qui aient à souffrir des mauvais traducteurs. Les anciens non plus ne sont épargnés par eux, et le pasteur Lange avait encore des successeurs. Un certain Dusch, poète médiocre, mais versificateur adroit, traducteur anonyme de Pope, déjà malmené par Lessing, avait publié, également sans nom d'auteur, une traduction des Gèorgiques, L'anonymat l'aurait protégé, si l'œil pénétrant de Lessing ne l'avait reconnu, dans un vei^s de Virgile mal compris, et qui se retrouvait cité avec là même faute, dans mi ouvrage de Dusch, signé de son nom, et dont il sera question plus loin. Le critique profite de sa découverte pour démasquer le coupable et pour lui mettre sous le nez un nombre respectable de contre-sens.
Ce châtiment infligé par Lessiug aux mauvais traducteiu*s, n'a pas été inutile. Le public averti est devenu plus difficile, et les gens du métier ont été forcés d'être plus sévères pour eux-mêmes, et plus respectueux à regard de leurs modèles \ Mieux encore que par
1. Dans la DranuUurgie(n^ 10), Lesaiog prend oacore à partie les mauvais traducteurs, et se plaint de la mauvaise qualité des Iraductious de piôcea françaises, surtout de celles en vers, dont il cqnnalt à peine un» demi-douzoine qui soient supportables, et si on le sommait de les nommer, il lui serait plus facile do savoir où cesser que de savoir oùcommon-
ses critiques, Lessing a prouvé par ses propres traductions, ce qu'un écrivain consciencieux et habile est capable de produire dans ce genre. Son exemple a été imité, et la littérature allemande s'est enrichie d'œuvres qui pour être des traductions n'en sont pas moins de véritables créations, des modèles classiques du genre qui n^ont pas été surpassés. Nous n'en citerons que deux, coimus de tous les lettrés : VHomère de Yoss et le Shakespeare d'A. W. Schlegel.
Dans une Revue de la littérature du jour, Gottsched devait de nouveau trouver sa place. Mais cette fois, Lessing le prend à partie plus sérieusement et plus vigoureusement que dans les courtes notices de la Gazette de Voss.ll l'attaque *à la fois comme réformateur dramatique, comme grammairien et comme réformateur de langue. 11 revient d'abord sur le recueil dramatique de Gottsched : Nôthiger Vorraûi zur Geschichte der dra-^ matischen Dichtkumt, dont il avait déjà parlé antérieurement avec éloge. Maintenant, il se plaît à en relever les défauts, les inexactitudes, les lacunes, sans tenir compte cette fois, comme il l'avait fait auparavant, des mérites réels de cet ouvrage, inspiré après tout par ime pensée
cer. Mieux vaut uoe bonne troductioo en prose (comme celle de la Zelmire de Dubelloy) ferme, harmonieuse, que des vers faibles, boiteux. Lessing préfère encore la traduclion des poètes français en proae, à colle des poètes anglais en prose, car elle ne produira pas de loin ce ton bâtard, où Tusage des métaphores et des figures les plus osées, dans la cadence des vers, fait songera des gens ivres qui dansent sans musique. •
patriotique, par le désir très estimable de relever le théâtre allemand aux yeux des étrangers et des Allemands eux-mêmes, en leur mettant sous les yeux ses richesses ignorées de tous. Aujourd'hui encore ce recueil n'a pas perdu toute valeur ; les historiens de la littérature allemande le consultent avec fruit. Mais Lessing ne veut pas reconnaître les services rendus par Gottsched au théâtre national; il ne veut voir que le mal qu'il lui a fait, par Timitation du théâtre français, recommandée, prêchée, pratiquée par lui et ses disciples. Cette prétendue réforme, dont Gottsched se vante d'être l'auteur, aux yeux de Lessing, qui lui aussi veut réformer le théâtre allemand mais tout autrement, non seulement n*est pas un progrès, mais un recul et une décadence.
Il commence par tracer un tableau nullement exagéré de la barbarie et de l'anarchie du théâtre allemand, au début du xviii® siècle : < On ne connaissait aucune règle; on ne songeait pas à avoir des modèles. Nos Hauptactionen et Staats- étaient pleines d'insanités, de boursouflures, d'ordures et de plaisanteries triviales. Nos comédies ne consistaient qu'en travestissements et en trucs de féeries, et les coups qu'on distribuait en étaient les inspirations les plus ingénieuses ^ »
Lessing reconnaît donc qu'une réforme était nécessaire. Seulement il ne veut pas en faire honneur à Gottsched ; il lui refuse hautement le mérite que lui attribue l'organe le plus écouté de la critique d'alors, la Bibliothek der schônen Kûnste und Wissenschaftcn, et dont Lessing lui-même avait patronné les débuts. « Quelqu'un oserait-il nier, avaient dit les rédacteurs de la Bi-