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sie. Même Weniike*, auteur d'épigrammes dirigées contre l'emphatique poésie de Lobenstein, ignore Logau, et ne sait opposer aucun exemple à son mattre Morhof, savant professeur de poésie, auteur d'un Traité sur la langue allemande {Unterncht von dei* deutschen Sprache)j qui refuse à la langue allemande les qualités propres à Tépigramme. Deux compilateurs du siècle suivant, Meister et John, le mentionnent, mais froidement, et les échantillons qu^ls donnent, sont des plus mal choisis. Gottsched le nomme, mais avec un faux prénom, et n'en cite rien, quand cependant il cite des exemples d'Opitz et d'autres poètes. Jôcher dans son Gelehrten Lexîcon le confond avec son fils Balthazar Friedrich yon Logau. Enfin un anonyme publie en 1702 un extrait des Épigrammes de Logau, mais en les travestissant et les mutilant de la plus étrange manière.
On voit que la réputation de cet auteur, si mal tmité par des contemporains, tient à cœur à Lessing. C'est ime véritable réhabilitation (fîe/^an/;) qu'il entreprend, et la victime de cet injuste oubli méritait de trouver xtn tel défenseiu*.
Lessing cependant avoue que les éditeurs n'ont pas cru devoir réimprimer les 3,553 épigrammes qui ne sont pas toutes dignes d'être conservées. Ils n'en ont donné que le tiers, pensant « que chez toutes les nations celui-là est certainement un excellent poète, dont le tiers des productions est bon » . La finesse, la naïveté, la tendresse que Lessing admire chez Logau, surtout dans le 6^ livre des Épigrammes, et dont il cite des
I. Né en Prusse en 1660, résidonl du Danemark à Paris où il est mort en 17B0.
exemples, Tautorisent à dire que Logau « paraît ici notre Catulle allemand, si même souvent il ne lui est pas supérieur ». Il est intéressant d'apprendre comment les éditeurs de Logau ont procédé dans leur travail. La méthode qu'ils ont employée et que Lessing nous fait connaître, est une excellente leçon de philologie moderne à l'adresse de ses contemporains. Ils ont traité leui* poète comme un vieux classique, dont ils se sont faits les Ër7thrées\ Ils ontdonné à leurs observations, à leurs commentaires la forme d'un dictionnaire, et iLs désirent que cet exemple soit suivi. Des dictionnaires analogues de tous les bons écrivains allemands seraient les premiers pas pour ai'river à un dictionnaire général de la langue nationale'. Lessing ne fait ici que suivre un conseil déjà donné par Leibnitz, préoccupé, lui aussi, de l'avenir et des destinées de la langue allemande'. L'intérêt que Lessing porte à Logau, s'adresse plus encore à l'écrivain, au créateui* de langue qu'au poète. Il lui trouve précisément les qualités qui font défaut aux auteurs de son temps, à Gottsched et à ses disciples. Non seulement sa langue est partout appropriée aux sujets qu'il traite, tour à tour forte et serrée, patriotique et harmonieuse, douce et enjouée, naïve et comique ; mais son plus grand mérite, c'est d'of^ des
1. Nicolaus Erylhrœus, Vénitien (1539), côlôbre commentaleur de Virgile.
S. Dans les écrits posthumes de Lessing {NoehUiêê), publiés par son frôre, on trouve des notes bistoriqutss sur la vieille liUérature allemande, depuis les Minnetdnger }\iBqu*Qn 1519. En outre, les fragments d*un Glottaire de la langue allemande, ainsi qu*un Recueil de trieur dicton* et proverbes, en vers et en prose. Œuvres, Éd. H., vol. is.
S. Voy. dans notre volume : Histoire des doctrines littéraires et esthétiques, le chapitre : Leibnitz, écrivain allemand.
expressions vieillies et tombées en désuétude empnintées aux dialectes du pays, remises ainsi en usage et en circulation ; rajeunies, comme le demande Horace, par une habile combinaison, caUidajwxctura, ce qui vaut mieux que forger des mots nouveaux ou d'en emprunter du dehors.
Lessing ne s'est pas contenté de louer Logau et de le proposer comme modèle à ses contemporains; il a fait mieux : il Ta imité. Les qualités de la langue de Logau sont précisément celles qui distinguent aussi la langue de Lessing. Gomme lui, il combat l'exotisme dans la langue, de même qu'il le combat dans la littérature et au théâtre ^ et, comme Logau, comme aussi tous les granis écrivains et poètes de l'époque classique, Klopstôck, Voss, Herder, Gœthe, etc., il n'entend pas, à l'exemple de Gottsched et de son école, fixer la langue à tout jamais, arrêter son développement en l'enfermant dans les limites étroites d'un temps et d'une province déterminés. Il cherche au contraire à l'enrichir sans cesse; mais à l'aide de ses propres ressources, par les trésors pris dans son fonds, par d'intelligents emprunts faits au passé et aux dialectes des différentes provinces.
Parmi les jeunes écrivains d'avenir qui à ce moment fixaient l'attention du public, Wieland était au premier rang. Déjà en 1753, dans la Gazette de Voss, nous l'a-
1. Gollsclied, LessiDg parait Toublier, a travaillé également à purger la langue, autant que possible, de tous les mots étrangers.
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vbns vu, Lessing avait parlé avec éloges de Wieland et vanté les dons d'imagination et de style du jeune auteur, qui débutait alors dans la littérature. Depuis ce moment Wieland n'avait cessé de se pi*oduire dans divers genresV Son esprit aussi fécond que souple avait évolué en sens divers. Âpres avoir été dans son en» fànce nourri de lectures et de leçons pieuses, il avait étudié les auteurs profanes. Bayle et Voltaire étaient devenus sa lecture favorite. Bientôt après, il se passionne pour la poésie biblique des Suisses ; il s'enivre de Klopstock € qu'il aime tant qu'il ne peut voir en lui aucun défaut... C'est en lisant le Messie qu'il croit enfin se comprendre lui-même > .
Il se trouvait dans cette phase de religiosité mystique (qui ne sera pas la dernière : bientôt Épicure et Voltaire prendront définitivement possession de lui), lorsque Lessing écrivait ses Lettres^ et rencontrait de non* veau Wieland sur son chemin. Il n'a pas changé d'opinion quant à son mérite littéraire. Il le considère « comme un des plus beaux esprits de l'Allemagne... 11 faut le lire, car autrement qui mériterait d'être lu ? > Mais il n'accorde pas lés mêmes éloges à son caractère. Il lui reproche d'avoir joué un double rôle, et tandis que ses premières œuvres' «annonçaient un jeune poète nourri des doctrines de la sagesse antique et pénétré en même temps du doute philosophique moderne >, ]e voici maintenant au pôle opposé, en plein dans le mysticisme, planant dans les régions séra^^hiques, re-