Voy. rintroduction
s. Lettres 7-i4.
9. Die Naiur der Dinge, poème pbllosopliiquo Imité de Lucrèce ; et lo9 MoraOêche Briefe,
niant ses opinions passées et, ce qui est j)ia encore, attaquant et calomniant ceux qui ne sont pas de son bord.
Lessing prévoit une objection : ce changement de front ne peut-il pas être révolution naturelle d'un esprit qui cherche sa voie, qui obéit à une conviction sincère ? « Oui sans doute, répond-il, si ce changement est produit chez Wieland par des ressorts intérieurs, par le mécanisme propre de son âme, je ne cesserai pas pour cela de m'en étonner. Mais s*il a été amené par des circonstances extérieures, si Wieland a dû avec intention, et en se faisant violence, se mettre dans l'état d'esprit où il est présentement, je le plains de tout mon cœur. »
Lessing cependant ne se prononce pas. Il laisse la question indécise. Il ne veut pas répéter ce que l'acontent des personnes qui Tout connu à Kloster-Bergen (institution religieuse où Wieland reçut sa première éducation). Ici Lessing en dit trop ou trop peu. On pourrait voir là une insinuation malveillante, qui n'était pas sans doute dans sa pensée, mais qui laisse planer un doute offensant sur la personne de Wieland. Aujourd'hui nous possédons des documents qui nous laissent pénétrer dans l'intérieur de cette âme de poète et d'artiste, mobile, impressionnable, exposée dès son enfance à des influences diverses, qui l'ont tiraillée en sens contraire, l'ont tour à tour accaparée et 'dominée pendant un temps V Et puis, il faut le reconnaître, Lessing, critique à l'esprit supérieurement sagace, et qui
1. Biographie de Wieland de Grubor, 1897-1888. — L. Ofterdingor, Wiêlands Leben vnd Wirken in Schwabcn vnd in drr Schwûiz,
sait mieux que tout autre, signaler le fort et le faible d'un ouvrage, Lessiug n'a pas ce don d'intuition psychologique qui pénètre au fond de Tâme d'un écrivain, et découvre dans sa constitution intime, dans son tempérament moi*al, dans le milieu où ila vécu et travaillé, les causes déterminantes de son développement et des évolutions de son talent.
Mais ce qu'il blâme avec raison, ce qui révolte sa loyauté, ce qui ne se peut justifier d'aucune manière, ce sont les attaques et les insinuations perfides, dirigées par Wieland contre les poètes anacréontiques, auparavant admirés par lui, et particulièrement contre Uz, dont il calomnia odieusement le caractère et la personne, cherchant même à exciter contre lui les colères de l'autorité ecclésiastique. On peut pressentir après cela que Lessing ne sera pas très tendre pour la plus récente publication religieuse de Wieland, les Sentiments du Cfirétien (Empfnidungeu des Christen). Dons le titre déjà, il découvre le défaut capital de l'ouvrage et de lauteur. « En effet, dit-il, ce que donne Wieland, ce ne sont pas des sentiments de chrétien, mais les sentiments d'un chrétien, c'est-à-dire d'un chrétien d'espèce particulière, qui est en même temps un homme d'esprit, et qui croit honorer infiniment la religion, en choisissant les mystères comme un sujet qui prête aux belles pensées ». En d'autres termes, ce qui choque ici Lessing, c'est le mélange de religion et de bel esprit que révèle ce livre. La religion n'est là qu'un texte ou plutôt un prétexte à rédexions ingénieuses et subtiles, im amusement pour l'imagination, un plaisir d'artiste, une jouissance esthétique. « L'auteur finira par s'éprendre de ces mystères embellis. Un doux enthousiasme s'em-
parera de lui et sa tête échauffée finira par se persuader que ce qu'il éprouve est le vrai sentiment religieux. »
MaiSy < ces ravissements, ces extases, ces âmes immatérielles qui se cherchent, ces séraphins qui sur leurs lyres plaintives gémissent sur le sort des âmes déchues, pendant les heures nocturnes > , sont-ce là des sentiments ? Les extravagances de l'imagination sontelles des sentiments ? Là où elle est si occupée, le cœur certainement reste vide et froid. » Tout cela c'est le langage d'un dilettante de piété, mais non celui d'une âme vraiment religieuse.
Lessing, peu enthousiaste de sa nature, ennemi de toute sentimentalité, comprend cependant Texaltation religieuse, mais à condition qu'elle parte du fond du cœur, qu'elle soit l'expression d'une foi sérieuse. Mais cet enthousiasme factice, à fleur d'âme, tel qu'il se montre dans les écrits de Wieland, et que Klopstock et surtout ses disciples avaient mis à la mode, ne lui dit rien qui vaille; il n'y voit qu'un exercice littéraire, im thème à beau langage, et il dirait volontiers avec Boileau :
De la foi da chrétien les mystères terribles, D'ornements égayés ne sont point susceptibles.
Il complète sa critique, en opposant à la fade religiosité de Wieland les accents de vraie piété qu'on trouve dans im vieil autem* du xvif siècle, Petersen, auteur des Voix de Sion, psaumes en prose.
Lessing nous rappelle ici l'Alceste de Molière, qui oppose au sonnet fade et alambiqué d'Oronte, la mâle et naïve poésie populaire du temps d'Henri IV.
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Eq jugeant ainsi Wielaaâ, le critique avait tu juste. Mais ce jugement ne devait pas itre définitif. En effet Wieland ne pcFuvait indéfiniment planer dans les sphères âthérées. Son tempérament .l'attirait vers la terre ; son imagination d'artiste avait besoin de se repaître de réalités, de se prendre aux intérêts, aux plaisirs de la vie. Un homme d'esprit mystique est une contradiction.
Déjà, presque au moment où paraissait celte Lettre, le changement s'opérait, et bientôt on put voir la muse de Wieland rejeter la défroque de vieille dévote dont elle s'était affublée, selon la spirituelle expression de Nicolaï* et montrer sou frais visage, sa grâce souriante et son charme sensuel.
On peut voir un premier effet de cette transformation progressive des idées de Wieland, dans un autre ouvrage : Pfan d'une académie pour l'éducation de l'inleUigence et du cœur de ta jeunette.
La pédagogie, science nouvelle alors, occupait tous les penseurs, et Wieland curieux, attentif à tout, se répandant sur tous les sujets, s'en était occupé à Berne où il enseigna, de 1759-1760, la littérature et la philosophie à un auditoire de jeunes gens. Plus tard, lorsqu'il devint précepteur des jeunes ducs de Weimai', la pédagogie fut une de ses études favorites.
Ici Wieland n'est déjà plus le klopstockien mystique dont Leasing s'est moqué tout à l'heure. Il est maintenant disciple des Grecs. Son système d'éducation est celui de la belle antiquité hellénique, qui consiste dans le développement harmonieux de toutes les forces phy-