Anii^ôtze, Nathan le Sage
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Si Lessing n'est pas d'accord avec Wieland sur la meilleure façon d'enseigner la religion, il ne partage pas davantage son opinion sur les orateurs sacrés de rAUemagne. Wieland trouve qu'ils sont indignes d'entrer en comparaison avec ceux de la France, avec les Bossuet, les Bourdaloue, les Massillon, auxquels, par une singulière erreur, il associe le nom de Trublet que deux vers de Voltaire feront vivre plus longtemps que ses ouvrages. Lessing ne convient pas de la supériorité des oratem*s français. Ils ont sans doute plus d'art, plus de style, plus de virtuosité. Mais l'orateur sacré doit avant tout instruire ; l'art pour lui ne doit être qu'un moyen, jamais un but. Lessing a raison. Ce qu'il dit, a été dit par Fénelon dans sa Lettre à l'Académie * et dans ses Dialogues sur l'éloquence. Mais en quoi cette restriction peut-elle s'appliquer à Bossuet, à Bourdaloue et même à MassiUon, chez lesquels le fond est aussi substantiel que la forme est belle? Au xviii* siècle, l'éloquence religieuse en Allemagne, oublieuse de l'exemple des Luther et des Mélanchthon, était encore assez bas. Mosheim, Sack (auquel Wieland, par une inconséquence que lui reproche Lessing, a dédié l'ouvrage même où il parle mal des prédicateurs allemands), Jérusalem, Cramer, ont élevé le niveau de la prédication, jusque-là grossière, pédantesque et chargée de scolastique. Ils lui ont donné la dignité, la méthode, la clarté d'exposition et d'argumentation qui lui faisaient défaut. Mais, malgré leur jnérite, ces orateurs restaient et devaient rester inférieurs à leurs modèles français ; car il leur manquait tout ce que l'art et le goût ajou-