I. Chapitre IV, Projet do rhiitorique
lent de beauté et de puissance persuasive à Tautorité de la parole sacrée. * *
La langue de Wieland, autrefois louée par Lessing, non plus que ses idées, n'échappe maintenant à sa critique. Le séjour qu'il avait fait en Suisse, dans ce milieu religieux et mystique, et qui l'avait poussé dans une voie fausse, aurait pu au moins servir à son éducation d'écrivain ; car les Suisses, Lessing Ta déjà constaté, ont enrichi la langue, trop épurée et appauvrie par Gottsched, d'expressions originales, d'idiotismes heureux, qu'on regrette de ne pas rencontrer sous la plume de Wieland, tandis qu'on y i-emarque des mots français qui déparent son style. Les citations dont Lessing appuie son jugement, prouvent que ce reproche est justifié. Mais plus tard il ne le sera plus. Wieland, pai* les œuvres de sa maturité classique, a mérité à juste titre d'être considéré comme un des écrivains les plus purs, les plus allemands au fond, malgré ses allures françaises. Il a été avec Lessing un des réfoimateurs de la langue allemande, à laquelle il a donné l'élégance, la grâce, la légèreté qui lui manquaient, et ce n'est pas seulement à sa philosophie, mais à son style aussi, qu'il doit d'avoir été appelé le Voltaire allemand ^
Cette appréciation de Wieland nous montre le talent critique de Lessing, son ferme bon sens, hostile à tous les compromis, à toutes les équivoques ; sa dialectique habile, dont on suit avec intérêt les évolutions, même lorsqu'on est dans le cas de faire certaines réserves sur le fond de la question. Mais pour Wieland lui-même,
1. Voy. Schrifttprache und Dialecte im Deulschen, y. A. Socin (1888), p . 400.
elle n'a pas grande valeur, car elle s'applique à des œuvres de jeunesse, à ime époque de transition, où cet écrivain n'avait pas encore trouvé sa voie. Lessing, du reste, suit avec sympathie la carrière ultérieure de Wieland, et le développement de son heureux génie. Dans une des Uttres suivantes ^, à l'occasion de sa première tragédie, Jeanne Grey, qui marque, chez lui, un retour à la nature et à la réalité, il s'écrie : « Réjouissez-vous «avec moi! M. Wieland a quitté les sphères éthérées, et se retrouve au milieu des enfants de la terre! »
Lessing cependant est obligé de reconnaître que cette œuvre dramatique se ressent encore des anciennes fréquentations de Wieland. A force de vivre avec des séraphins et des chérubins, son imagination, qui avait conservé une teinte de mysticité, a transformé ses personnages, les femmes surtout, en séraphins et en chérubins. Il les a « coulés dans le moule d'une perfection idéale ». Mais le critique a bon espoir pour l'avenir. « Quand Wieland aura étudié mieux la vie et les hommes, et le mélange de bien et de mal qui est le propre de chacun ; que d'excellentes tragédies ne nous donnera-t-il pas ! Dans cette pièce, il a dépeint la vertu parfaite, mais non la vertu en action, non la vertu vivante. » Lessing constate encore, par une longue analyse, mais sans en faire un reproche à l'auteur, qu'il a . emprunté non seulement le sujet, mais le plan de sa pièce à l'Anglais Rowe