Sf
9. Lessing, à qui Nicolaî fit remarquer son erreur, se lira d^aflaire en disant que sans doute ii connaissait ces vers, mais qu'il ne pouvait consentir à reconnaître comme des iiexamélres, des vers qui, sauf le cinquième pied, ne contiennent que des dactyles. • Un seul vers de ce genre pouirait à la rigueur passer pour un hexamètre, mais non plusieurs. >
9. Ftûrt! Eê fla.hm Anbetung der groêse, der Sabbat des Bundei, YoH d€n Sonaen zum Throne des Riehursi Die Sluni ist getom-
selon lui n'a rien d'extraordinaire. Ainsi expliquée, la phrase deyient très claire ; mais c'est déjà un défaut, pour un poète , d'avoir besoin d'un commentaire pour être compris, et Lessing est ici plus préoccupé, ce semble, d'avoir raison contre le critique, que de laver Klopstock du reproche d'obscurité, que les lecteurs les moins prévenus n'ont que trop souvent occasion de lui adresser. Il remarque, avec raison, que le journaliste aurait été plus juste envers le poète, et aurait reconnu le soin extrême qu'il a mis à corriger, i perfectionner son style, à le rendre à la fois plus précis, plus aisé, et plus poétique, si lui-même avait eu sous les yeux, au lieu d'une contrefaçon du poème, l'édition originale mentionnée plus haut, et qui contient les dix premiers chants alors achevés, et en outre, toutes les additions, les suppressions, les corrections très importantes faites par Klopstock. Ainsi il enlève, dans maint passage, les participes qui alourdissent la phrase; remplace les termes vulgaires par des termes plus relevés ; développe certaines descriptions trop sommaires, supprime d'autres comme inutiles ou frivoles. Lessing approuve fort tous ces changements, qui témoignent de la haute idée que se fait Klopstock de ses devoirs et de sa mission de poète sacré et national. Mais il en est d'autres que Lessing blâme ouvertement. Ce sont ceux que des scrupules exagérés de piété et d'orthodoxie théologique ont inspirés à l'auteur, comme s'il avait à tenir compte des répugnances de certains dévots faibles d'esprit*. Par
1. Parexemplo In suppression du passage où Adramalech, rennemi du Rédempteur, prend la résolution furieusf^de tuer Tàinede Jésus. Bn outre, le caractère du traître considérablement utliLué, le sort remplacé par la Providence, et la muse changée en prophétesso de Sion.
coutre, il trouve bon que, dans le premier chant, le poète ait abrégé le discours de Dieu le Père, qu*il est convenable, en effet, de faire parler le plus brièvement possible. Mais faire dire le reste de son discours par le séraphin qui est censé le lire sur la figure de Dieu, voilà qui n'est guère heureux.
En somme, tout ce que dit Lessing du Messie, ici et ailleurs, témoigne sinon d'une admiration enthousiaste, dont il se défend comme d'un engouement irréfléchi, à tout le moins d'une haute estime pour l'auteur; et encore Ijessing n'a-t-il eu sous les yeux que les dix premiers chants de ce vaste poème, dont il n'a pu juger Tensemble, la majestueuse construction, quelques parties admirables, et beaucoup de beautés de détail.
Mais si le poète épique est assez bien traité dans les Lettres, le poète lyrique est moins heureux. Lessing l'apprécie de nouveau, à l'occasion d'une polémique étendue et vigoureuse qu'il entreprend contre un journal périodique, très répandu, très influent alors dans le nord de l'Âllemagiie, le Censeur du Nord {der Nordisehe Aufseher)^ foudé en 1758 et publié à Copenhague par Cramer, poète religieux, prédicateur de la Cour, autrefois collaborateiur des Bremer Beilrâge^. Cramer avait été attiré en Danemark par la libéralité généreuse de Frédéric V, amateur et protecteur de la littérature allemande, avec Elias Schlegel, Klopstock et plusieurs autres écrivains, qui formaient là comme une sorte de colonie, comme
1. Ce recueil, comme presque tous ceux qui se publiaient en Allemagne depuis le commencemenldu siècle, étail calqué sur las modèles anglais. Lo NordUeht Aufëehêr se mltachail même directement an Guardian do Uichard Stoele, dont il avait Iraduit le tilre, et dont U 8<* donuait commo lo successeur et riiéritior.
un foyer d'esprit germanique. Théologien savant, prédicateur très goAté| poète religieux estimé, il avait fondé ce journal avec Klopstock comme collaborateuri pour en faire Torjane de ce groupe germanico-danois qui voulait s*affirmer comme école et comme parti, en face des Gottschediens, des Suisses et des Berlinois. A l'exemple de presque tous les recueils périodiques d'alors, le Censeur du Nord dnvait servir la cause du christianisme et de la morale, mais d'un christianisme sans caractère bien net, orthodoxe au fond, et cependant teinté de philosophie et de poésie, pour ne blesser aucune conviction trop accentuée, et se faire bien venir du grand public. On cherchait ainsi à ménager la chèvre théologique et le chou philosophique. On s'attachait à la morale plus qu'au dogme.
Leasing, dont l'esprit rigoureux et logique répugnait à tout compromis, à tout mélange d'éléments hétéjogènes ; qui voulait que toute chose reste à sa place et garde son caractère propre; nullement orthodoxe d'ailleurs, nous le verrons bien dans la suite, Lessing était particulièrement hostile, et sa critique de Wieland le prouve, à ce christianisme sophistiqué, où se mêlaient la philosophie et la théologie, sans qu'on sût où commençait l'ime, où finissait l'autre; semblable àl'oiseau-souris de la fable, qu'on ne savait où prendre. 11 le regardait comme également funeste à la religion et à la philosophie, favorable seulement aux idées vagues, aux doctiines louches, propre seulement à entretenir dans les esprits de fâcheux malentendus et de dangereux sophismes.
A ce titre, le Censeur du Nord était un ennemi qu'il fallait combattre et réduire à l'impuissance. Lessing
entreprend donc contre ce journal, et contre son directeur Cramer, une de ces polémiques où il triomphe.
Dans le cours de cette polémique, dont nous ferons connaître les parties les plus intéressantes, Lessing rencontre encore une fois Klopstock. Cette fois, c'est le poète religieux et le penseur qui sont mis en cause et plus sévèrement jugés que ne l'ont été tout à l'heure le poète épique et le prosateur. Le Censeur du Nord, voué surtout à la défense de la religion et de l'éducation de la jeunesse, s'occupait peu de poésie et de littérature. On y avait inséré cependant cinq Odes, dont trois très vraisemblablement avaient pour auteur Cramer, et les deux autres, Klopstock. Celles de Cramer, dans l'opinion de Lessing, sont l'œuvre d'un excellent versificateur, mais sans génie poétique, et d'une inspiration très monotone. « Son feu poétique est, si l'on peut s'exprimer ainsi, un feu reûroidi... qui ne brille qu'aux yeuxV »
Les deux autres poésies intéressent bien plus le critique, qui croit y reconnattre « le cachet de Klopstock >. Lessing se trompe quant à la première, qui a pour sujet la Résurrection, du Rédempteur, Il est vrai qu'il n'a pas grand'chose à en dire, sinon « qu'elle est, comme toutes les poésies de Klopstock, si pleine de sentiment, qu'on ne sent rien > . Mais la seconde, qui célèbre la toutepuissance de Dieu (ûber die AUgegenwart Gottes)^ lui paraît plus intéressante; non par le fond, car il avoue < n'avoir rien appris sur la toute-puissance de Dieu, que ce qu'il savait déjà, et que ses idées sur ce sujet ne sont pas devenues plus nettes, sa convictioD