‹ LessingChapitre 40 sur 233 · Lellre · texte numérisé non relu

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plus forte. Seulement quelques tirades Tout agréablement occupé^ et pendant la lecture il lui a semblé qull partageait Tenthousiasme du poète. « Que faut-il de plus ! Est-il donc nécessaire que tout ce que nous lisons nous donne à penser »? se demande Lessing, montrant l^ien, par cette réflexion ironique, son peu d'estime, et il faut le dire aussi, son insuffisante compréhension de toute poésie lyrique. Mais en revanche, le mètre dans lequel est écrite cette ode, le satisfait. Il n'y voit pas à proprement parler im métro poétique, mais une sorte de moyen terme entre la prose et le vers, qu'il voudrait voir employé à la composition musicale ; le compositeur n'ayant pas besoin de vers artistement travaillés, puisque l'harmonie musicale doit absorber l'harmonie poétiq[ue, quand elle n'est pas détruite par l'antagonisme de l'une et de l'autre. Ce « quasi-mètre » pourrait aussi très bien servir pour le théâtre. Il satisferait ceux qui ne veulent pas de tragédies en prose, et laisserait néanmoins au poète, toute la liberté que lui donne la prose. Les acteura également y trouveraient leur compte.

L'observation de Lessing est juste quant à la musique ; car on sait que les meilleurs libreiti d'opéras ne sont pas ceux qui sont le mieux versifiés. Mais pour le drame, l'emploi de ce mètre klopstockien paraîtrait contestable. Quant à Klopstock lui-même, on voit, en se rappelant aussi ce qui a été dit à propos du Messie, que le versificateur est mieux traité par Lessing que le poète.

La polémique dirigée par l'auteur des Lettres contre les idées et les tendances du Censeur du Nord, avait provoqué une vive mais maladroite réponse de la part

d'un ami et partisan de Cramer, Basedow', qui prend aussi en main la cause de Klopstock. Lessing avait at> taqué, entre autres hérésies, un article sur les différentes manières de penser Dieu, qui, paratt-il, était de Klosptock.

« On ne sera pas étonné d'apprendre que pour lui, comme pour ses amis, posséder véritablement Dieu, ce n'est pas le penser, le saisir par un acte de Tintelligence pure. Ce n'est pas raisonner sur Dieu, comme sur telle autre conception métaphysique, comme sur le temps et l'espace -, c'est le sentir, c'est se trouver dans cet état où notre âme tout entière est pleine de son objet; où toutes facultés sont en mouvement; où la langue est trop pauvre, trop faible, pour exprimer ce que nous pensons, ce que nous éprouvons. »

11 va sans dire que cette théorie, qui n'est autre chose que le mysticisme, ne peut convenir à Lessing, l'honmie des idées claires et nettes, le logicien impeccable, le philosophe de l'école des lumières {Aufklàrung). < Penser Dieu de cette façon, c'est la plus mauvaise façon d'y penser. Ce n'est plus alora la pensée, c'est l'extase; c'est un état où nos idées ne sont plus claires ; où nous ne les voyons que de loin et dans un vague ensemble. Mais aucune vérité nouvelle ne peut sortir de là. Au contraire, nous sommes ici à la source de toutes les errem's, de toutes les conceptions fanatiques de Dieu. Les idées précises que nous pouvons nous faire de Dieu, sont la pierre de touche des sentiments que nous

1. Né à Hambourg en 1795. Proresseur à Técole des clievaliefs do Soroc, en Danemark ; un des partisans les plus zëlcs de la pbiloso" pliie populaire (PopularphiloMophie) et un des promoteurs de la nouvelle pédagogie.

éprouYODs pour lui, et qui seules peuvent en garantir la sincérité. S'imaginer qu'on 'a de Dieu Tidée la plus sublime, c'est souvent en avoir l'idée la moins digne deluiV*

Ainfii parle le bon sens, et Lessing est dans le vrai. Mais le bon sens est-il tout, quand il s'agit d'idée et de sentiment religieux? et ne pourrait-on pas rappeler ici le mot de Yauvenargues : « Le cœur a des raisons que la raison ne saurait comprendre. »

L'adversaire de Lessing, l'avocat officieux du Censeur, ne se contente pas de défendre contre lui la théorie de Klopstock, sur la meilleure manière de penser Dieu. Il veut à toute force le convaincre de l'excellence de ses poésies lyriques. C'est trop demander à Lessing qui, poussé à bout, déclare brutalement « qu'il fait aussi peu de cas des* poésies lyriques de IQopstock que de sa philosophie' », et quand on lui cite une strophe qu'on prétend être « aussi belle que riche en pensées », il répond que « si l'on appelle cela riche en pensées, il s'étonne que ce poète si riche en pensées ne soit pas depuis longtemps le favori dé toutes les vieilles dévotes », et pour que personne n'en ignore, il résume ainsi et justifie son opinion définitive sur la lyrique de Klopstock : « Il se peut que M. Klopstock, en composant ses poésies, ait éprouvé des émotions très vives. Mais comme il a cherché seulement à exprimer ces émotions, et qu'il nous a caché et n'a pas voulu nous communiquer le

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