Lettre iii
S. Ces jugements si sévères n*ont pas empôchiS plus tard, en 1767, à Hambourg, Leasing et Klopstock do se rencontrer, de se voir el bientôt de devenir amis. Des idées communes sur Tavenir de la littérature allemande, le projet d*une académie que Josepb II devait fonder à Vienne, et où Tun et Tautre devaient être appelés, rapprocbérent le critique et le poète. — Klopstock, dans sa bizarre, mais singuliôremont suggestive Celehrlen-Republik, assigne à Lessing les fonctions de co:iseul- littéraire. — Voy. Munker, Lettingi pertônlichet undliUerariichet Verhàllniti zu Klopitock.
contre le Censeur du Nord et les doctrines qii'il représente. Parmi ces doctrines, il en est deux surtout que Lessing s'attache à réfuter. La première a pour objet la meilleure méthode à suivre dans l'éducation religieuse de la jeunesse. Si Ton se rappelle l'importance qu'on attachait au xviii* siècle, en Allemagne surtout, à toutes les questions pédagogiques, on comprendra que Lessingi comme nous l'avons vu à propos de Wieland, tienne à cœiur de dire ici son mot.
Le Censeur pose ce principe, que dans l'éducation il faut toujours aller du plus facile au plus difficile. Principe excellent, que déjà Descartes recommande dans son Discours sur la Méthode . Mais faussement appliq[ué comme le fait le Censeur à l'éducation religieuse, il entraîne de graves conséquences. Ainsi, on veut, qu'en parlant à l'enfant de Jésus-Christ, on commence par le lui présenter et le lui faire aimer, non comme le Fils de Dieu et le Sauveur des hommes, mais seulement comme « un homme pieux, comme un saint et un tendre ami de l'enfance, que Dieu, en récompense de sa jeunesse sans tache, a doté, à l'âge de trente ans, d*une sagesse que jamais homme n'a possédée; qu'il a Résigné pour être le précepteur du genre humain, eu lui donnant en même temps, la force nécessaire pour exécuter ces actions extraordinaires » .
Mais, réplique Lessing, ce n'est pas là rendre plus facile la conception mystérieuse d'un divin rédempteur; c'est tout simplement la supprimer ; c'est lui en substituer une autre toute différente. C'est faire de l'enfant un Socinien, jusqu'au moment où il pourra saisir le dogme orthodoxe. N'est-ce pas dans l'enfance, plutôt que dans l'âge mûr, que nous sommes disposés à accep-
ter ce mystère? Puisque enfin c'est un mystère, n'est-ce pas plutôt à Tenfance docile, qu'à l'âge de la raison ré- -calcitrante, qu'il est convenable de l'enseigner. Que si Cramer croit justifier cette méthode en s'appuyant sur le discours de saint Paul aux Athéniens (Actes des Apôtres), qui selon lui n'a pas procédé autrement, Lessing lui prouve qu'il a mal lu, mal compris le texte sacré. Il montre ici une science théologique et exégétique consommée\ Il triomphe, lui laïque, d'un théologien de profession, comme il triomphera plus tard dans sa polémique contre le pasteur Gœtze.
Lessing, on le voit, sans se prononcer d'aiUeurs sut le fond de la question, sans décider entre la religion naturelle et la religion révélée, ne veut pas qu'on escamote ainsi le dogme, mais qu'on laisse au christianisme son caractère ; qu'on ne lui enlève pas ce qui fait «a beauté, sa force et son originalité. C'est à quoi aboutit finalement ce néo-christianisme du Censeur, que Lessing caractérise parfaitement : « Vous ne savez pas, écrit-il à son correspondant, qu'iin bon chrétien commence à être tout autre chose que ce qu'il était il y a trente ou cinquante ans. L'orthodoxie est devenue un sujet de mo- .querie. On se contente d'une agréable quintessence, qu'on a extraite du christianisme, et on échappe à tout soupçon de libre pensée, pouiTU qu'on sache bavarder sm* la religion en général, avec un délicat enthousiasme. Soutenez- vous, par exemple, qu'on ne peut sans religion être honnête homme ; on vous laissera penser et dire sur tous les articles du dogme, tout ce que vous voudrez; et si vous êtes assez malin pour n'en rien dire du