‹ LessingChapitre 45 sur 233 · Lettre 5i · texte numérisé non relu

Lettre 5i

encore r souyétit on met une expression là ou un seul mot suffirait; Rien n'arrête le mouvement poétique comme de délayer en' plusleui^s mots certaines' idées; Souvent aiissî^ c'est le contraire qu'il faut faire. En outre, les particules, gui doivent relier imperceptiUement' entre eux les membres d\mé péridde,^sont .parfois gênantes, surtout lorsqu'elles ont trop de syllabes. Un néanmoifis. (demungeachtet) peut gAler le plus beau passage. Mais on ne* doit pas non plus les mettre là où elles pourraient être supprimées sans nuii*e a la clarté et à 4a foi*ce de la phrase. Il faut aussi savoir où et quand il faut user des participes, suivant qu'ils sont du trop courts ou trop louinls. Lessing ne saurait trop approuver cette excellente leçon de style, qu'il était très utile de donner aux écrivains contemporains . Il recommande à tous les poètes de la méditer avec soin. Mais il fait une réserve importante : il pense que la règle du choix des mots souffre une exception lorsque le poète ne parle pas en son propre nom, comme dans le drame. Là, chaque personnage a sa façon de penser à lui, et doit par conséquent avoir aussi sa. façon propre de s^exprimer. c Les mots les plus nobles, précisément parce qu'ils sont les plus nobles, ne sont pas ceux qui nous viennent instantanément, surtout dans les moments de passion. Ils trahissent là préméditation, transforment Içs héros en déclamateurs, et détruisent toute illusion. C'est une grande habileté du poète tragique, de revêtir les pensées les pl\]s hautes, d'expressions très vulgaires, et de faire parler à la passion le langage, non le plus noble, mais le plus expressif, dût-il même suggérer des idées quelque peu triviales. De cette habileté, ceux-là sans doute ne voudront rien savoir, qui trouvent plaisir au

correct Racine, et qui sont .assez malheureux po'ur ne paç connaître Shakespeare \ »

Lessing séulëye ici une grosse question, celle daridéa-

lisme et du réalisme au théâtre, où, si Ton veut, de Tart classique etdel'artromantique. Elle a été, elle est encore controversée, et les deux écoles qu'elle a produites ne sont pas près de s'entendre. Nous n'avons pas dessein de la traiter et encore moins de là résoudre ici. Mais nous (levons dire que Lessing n'est pas très conséquent avec lui-même. Dans le passage que nous venons de citer, il défend lé réalisme dans le drame, et il oppose dédaigneusement Shakespeare à Racine, comme il l'opposera plus tai^d à Corneille* Il donne pleine liberté de langage au poète, et le style noble de la tragédie n'est pour lui que le style déclamatoire et faux. Ailleurs, cependant, et partiûulièrement dans le Laocooii, il se proclame disciple des Anciens et de Winkelmann, leur éloquent interprète. Comme eux, il reconnaît pour loi suprâme de l'Art, la Beauté et repousse avec mépris les artistes qui représentent les vulgarités et les laideurs de la vie réelle*. 11 s*agit là, il est vrai, de peinture / Mais Tart dramatique est un art au même titre que les autres, et la même loi doit lui être appliquée. Sans doute l'art dramatique est avant tout l'art de la parole, Tart de la succession dans le temps, et jouit par conséquent d'une plus grande liberté que les arts plastiques, quant à l'expression.. Mais cette liberté elle-même a des limites, et elle ne peut aller jusqu'à violer les. lois du Beau. Et de fait, les tragédies de Sophocle présentent

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