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la même unité de beauté, de noblesse et d*harmonle dans le style, que les œuvres de la sculpture grecque. Le correct Racine, comme l'appelle dédaigneusement Lessing, est sur ce point le disciple et Témule des Grecs, et Sophocle mérite, tout autant que lui, d'être mis en opposition avec Shakespeare * . Lessing dans son système dramatique voudrait unir Sophocle et Shakespeare; mais cette conciliation, au point de vue de style, est impossible, et quoiqu'il fasse, il ne peut éviter le reproche d'inconséquence, sinon de contradiction.
Les génies originaux qui, àTeiemple de Shakespeare f devaient affranchir et régénérer le-thé&tre allemand, faisaient toujours défaut, et Lessing en est réduit, dans SCS Lettres* j à mentionner une tragédie de son vieil ami Weisse, Edouard IJI, prise, il est vrai, dans l'histoire (le l'Angleterre, mais imitée, quant à la composition et au style, des modèles français ; et-, comme il le constate, non sans déplaisir, « il n'y a pas là grand'chose à critiquer, nou plus qu'à louer ». Il en cite cependant le début, ainsi qu'mie autre scène, qui se distinguent par le soin de la versification (Weisse est de l'école d'E. Schlegel) et par la noblesse du style. Malheureusement Tauteur se néglige trop souvent, et les situations et les caractères de ses personnages en souffrent.
Weisse, dans la préface de sa tragédie, se plaint de la disette de tragédies allemandes. Mais il n'en accuse pas le défaut de génie dramatique chez ses compatriotes. Ceux d'entre eux qui donnaient de belles espérances' (de Cronegk et de Brawe) sont morts « à Tau-
1. Go que dit Lossing du style noble dnna la tragédie s^appliquerait égulement n celles de Gœthe et de ScbiUor. X. Lettre 81.
CRITIQUE UTTÉRAIRE. 121
rore dé leiir génie > ; d'autres laissent passer lès belles années d'inspiration. Plus tard arrivent les affaires et les soucis de la vie, et c'en est fait de la poésie. Il en est d'autres à qui manquent les encouragements ; ils n'ont jamais vu de bons acteurs, et ne connaissent Tart dramatique que par Aristbte et Hedelin.
« Voilà bien, dit Lessing, la véritable cause de notre indigence dramatique. Nous n'avons pas de théâtre; nous n'avons pas d'acteurs ; nous n'avons pas de spectateurs. » Il cite à l'appui, un passage de Diderot', qui oppose les vastes et magnifiques théâtres d'Athènes et de Rome, avec leurs quatre-vingt mille spectateurs, aux mesquines et pauvres salles de spectacle dé nos joui's, qui sont bien loin d'offrir aux poètes et aux acteurs les puissantes excitations qu'ils auraient trouvées là. Et quelle différence encore entre la France et l'Allemagne ! s'écrie Lessing, obligé de rendre justice et hommage aux Français qui, « eux du moins, ont un théâtre, tandis que les Allemands n'ont que des baraques I Le théâtre .en France est du moins le plaisir d'une grande capitale, -tandis qu'en Allemagne la baraque n*est qu'objet de raillerie pour la populace. Le Français peut du moins se vanter de distraire son roi, une cour magnifique, les
1. Entretiens sur U Fils ncUureL — Lossing à co moment étudiait en disciple admirateur le tliéùtre et les théories dramatiques de Diderot. L*aauée suivante (i7r>0), parut la traduction du Fils naturel et du Père de Famille avec le Traité sur Vart dramatique. ' A la même année oppartient le fragment, paru seulement après la mort de Lessiug, de la vie do Sophocle, qui devait sans doute ôlru suivi d*uno anolyso et d'une traduction des pièces du tragique grec, comme Tindique In première scène (\*Ajax traduite. Dans la pensûe de Leasing, Diderot et Sopliocle, et, avec eux, Shakespeare devaient 8*anir et se fondre ensemble, pour le pius grand bien du théâtre allemand.
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dignitaires du royaume, le grand monde, tandis que rAUemand doit âtre content si quelques braves bourgeois, qui se glissent timidement dans la baraque, veulent bien Vécouter^ » « Mais la fauté n'en est pas aux Grands. Ils n'aiment pas à s'occuper de choses qui ne sont pas dignes de leur intérêt; et quel intérêt peuvent leur inspirer nos acteurs ! Des gens sans éducation, sans usage du inonde : un tailleur, une créature, qui quelques mois auparavant était blanchisseuse *. »
Lessing ne se fait doncrpas illusion sur les causes qui empochent le développement du théâtre en Allemagne. Il a vu juste, et il faut lui savoir gré de les avoir franchement signalées. De la part de l'adversaire résolu du théâtre français, im tel aveu fait également honneur a sa sagacité et à sa loyauté.
La poésie n'était point faite pour consoler le critique, de la misère du théâtre. L'inspiration et l'invention ori* ginale, là aussi, faisaient défaut. La quantité ne laissait rien à désirer. Les œuvres plates et médiocres abondaient, et Lessing n'aurait eu là que l'embarras de choisir dans le tas. 11 en tire cependant une production à laquelle le nonl de son auteur, très en vue, avait valu quelque réputation. C'est une œuvre du genre descriptif : Tableaux du moide delà nature et delà morale {Schil-
dervngen aus dem Reich dcr Natur und der StttnUehre) de