Lolirc
ce Dusch dont il s'est déjà oecupé'^ èci'iTaih de J'ànr cieniie école, traducteur, poète, romancier également fécond, également médiocre dans fous les geîires.
Lessing dans sa personne exécute touteuiie classe de méchants auteurs. Il constate tout d*abo''d, que cet ouvi*age n'est qfu^me imitation mal déguisée, « un Cento perpétuel » de Popè, de Thonïsôn, dé Young, de Kleist et de Hallei*. Il n'a guère enpropré que la division de son ouvrage, lionpar saisons, comme dans le poème de Pope, mais par mois, ce qui' donne à cet ouvi*agé Tunité et la dispoisitlon d'un calendrier. En outre, comme un mois ne diffère pas d'un autre mois, comme une -saison d^iné autre saison, et ne peut par conséquent, fournir un tableau distinct, Tautem* sera obligé, ou bien de reproduire plusieurs fois le même tableau, ou de laisser des lacunes. Après avoir critiqué en détail le mauvais style de cet ouvrage, les inexactitudes et les eiTeurs scientifiques dont il fourmille, les fautes grossières de traduction, lorsque l'auteur s'avise de reproduire les poètes anciens, Lessing cite in extenso un spécimen dé la force d'invention de cet écrivain. C'est un long morceau, un rêve, qui n^est pas même un cauchemar, maïs une froide, bizarre et prétentieuse allégorie, mêlée de descriptions incohérentes, où un génie apparaît au dormeur, et fait défiler devant lui tous les philosopheâ anciens et modèles et tous les règneâ de la nature, pour aboutir à une apothéose de la raison et de la religion naturelle, entonnée par des milliers de
1. Du0ch avait vivement critiqué le drame bourgeois de Leseing, Mis9 Sara Sampion, et avait rerasd tout génie dramatique à l'auteur. Le jugement que porto sûr lui I*auleur des Lettrée est, non pas une veijgeance, mais uuo Icgilime revanclie.
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voix. Ce chant, d'ailleurs, a'eàt encore qu'une iniitatiou du poète anglais Thomson, « et, ajoute Lessing, comme il est prouvé que les rêves ne sont que des assemblages d'images déjà vues et connues, M. Dusch est excusé, de par la psychologie, de n'avoir pu composer une hymne à ses frais. »
D'autres exemples cités par Lessing sont également probants pour montrer à quels auteurs allaient alors la vogue et la faveur du public. Il fallait ,une critique impitoyable, comme celle que Lessing applique ici, pour déshabiller en quelque sorte ces réputations usurpées, mettre .à nu leurs défauts et leurs infirmités, afin d'ouvrir les yeux du public, et lui faire honte de ses engoûmenls*.
Poui'tant quelques fleurs de vraie poésie avaient poussé sur ce sol stérile, et Lessing signale avec bonheur les CliaiUs du Grenadier, de son ami Gleim. Il en cite de longs fragments, croyant sans doute ne pas pouvoir mieux les louer.
- Une autre production lui fournit loccasion de rendre un deraier hommage à un poète et à un ami, Ew. de Kleist, dont la mort récente lui avait .arraché de si touchants regrets'. L'œuvre principale de Kleist, le •PriiUemps, parue dix ans auparavant, ne pouvait trouver place dans les Lettres. Mais un autre, poème : Cissides et PacheSj paru dans l'année même, permet à Lessing
1. DuBCh, à la diiréronce des autres écrivains malmenés par Lessing, profita de la leçon et corrigea son style. Lessing du reste lui reconnilssait certaines aptitudes lit lé niires.
Le prologue d'inauguratiou du théâtre de Hambourg, \o\i6 par .Lessing, parait avoir eu Dusch pour auteur.
X. Voy. la Lettre de Lessing à Gleim du 6 seplomhre 1759. Ed. H. 20, I, p. 186.
de louer dignement cette belle nature d'homme et de poète. Cissides et Paches célèbre le dévoûment héroicpie de deux amis, et personne mieux que Kleist n'était capable de chanter Tamitié, car personne mieux que Tami de Lessing n'en avait éprouvé les émotions consolatrices et réconfortantes.
Dans la poésie légère, Lessing ne trouve à louer parmi les productions de Tannée qu'un recueil de petits poèmes intitulé Bagatelles {Tànddeien) de Gerstenberg', dont plusieurs. morceaux, par leur naïveté sans apprêt, « pourraient faire croire à un fragment de quelque poète grec, d'Alciphron par exemple, retrouvé dans une fouille d'Herculanum ». Mais tout n'est pas de même valeur dans ce recueil. Le Chant d'un Nègre (Lied eùies Mohren)^ entre autres, estime imitation mal réussie du Chant d'un Lapon, de Kleist. Ces pastiches de poésie exotique et primitive amènent Lessing à citer quelques véritables chants populaires lithuaniens, des Dainas, qui ont toutes les grâces et tout le charme de la nature, que l'art n'a pas faronnée encore.
Cette source si riche de poésie, qui sera exploitée plus tard avec tant de science linguistique et de sens
1. V. GersteDberg, né en 17S7 dans le Schleswig, flt sa carrière en Danemark où, après avoir servi dans i*arniée, il occupa diverses fonclions diplomatiques et juridiques.
Comme poète ii a parcouru ditTérentes phases. D'abord dons l*ouvrng&dont il est question ici, il appartient à l'école des poètes anacrooulîques. Plus lard il s'enrôle sous le drapeau do Klopstock (Cedichie fines Sealden), Enfin en 1768, par son drame Ugolino d'après Dante, production violente et échevelée, il se pose comme un des promoleui*s do la Slurm- u. Drang-Periode, Dans un recueil critique, Briefe ûber à/erkwûrdigkeilen der deuUcken LUerntur (176B-G7), il combat sur quelques points les LUeraturbriefet prend le parti du Nordiache Auf- »cher, et se fait Tapologlste à outrance do Shakespeare.
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poétique par Hei*der^ est seulement soupçonnée par Lessing. Mais il ne mérite pas moins Thonneur d'être cité sur ce point comme un pi'écurseur, timide il est vrai, de Tantèur des Voix des Peuples (Stimmen dei* Vô!-
ker).
Les Lettres sur la Littérature, sans être un manifeste d'école, sont néanmoins une œuvre réformatrice et même révolutionnaire. Elles n'aflBchent, il est vrai, que la prétention, assez modeste, de juger en toute liberté et franchise les productions littéraires, nées pendant Ja période de la guerre de Sept ans. Seulement, à Foccasion des ouvrages qu'il juge nous pouvons entrevoir les idées, les principes qui guident l'auteur; nous devinons un nouvel esprit, une nouvelle forme dé la critique littéraire. Ce n^est pas tant ce qu'il juge, que la manière dont il juge, qui nous intéresse^ Le critique a plus d'importance à nos yeux que les écrivains critiqués. Nous sommes frappés tout d'abord de l'indépendance d'esprit, de la préoccupation désintéressée, impersonnelle en quelque sorte, de ce qu'il croit être la vérité, qui dominent et inspirent tous les jugements de LessingV II rompt courageusement avec les habitudes de la critique de son temps, complimenteuse et complaisante, asservie aux intérêts de coterie et d'école;* trop indulgente ou trop dure, suivant qu'elle avait affaire à des amis ou à des adversaires ; super-
1. I Voilà comme jo suis, dit Lessiog, ce que j*ai à dire aux gvna, je le leur dis ea face, dussout-ils crever de colère ■ {vor Zora hertten), [Vademecum fur Hrn, Lange.]
flcielle aussi, et fragmentaire, s'attachant aux détails, n'osant pas, par ignorance ou par faiblesse, aller au fond des choses. Lui, au contraire, pose en principe que^ dans un ouvrage, on doit considérer tout d'abord le tout, l'ensemble, l'idée mère, dont les parties ne sont que le développement, c La beauté d'une œuvre ne repose pas sur des beautés de détail. Ces beautés doivent former un ensemble. Ce n'est que lorsque le tout est reconnu iri*éprochable, que le critique doit renoncer à le disséquer, et considérer l'ouvrage comme le philosophe considère le monde. Mais lorsque le tout produit un effet désagi-éable, lorsque je m'aperçois que l'artiste a commencé à travailler sans savoir ce qu'il voulait faire, je ne dois pas pousser la bienveillance jusqu'à pardonner un visage laid à cause d'une jolie main, ou une gibbosité à cause d'un pied charmant \ » Ce principe est d'une haute portée. Ainsi entendue, la critique devient ce qu'elle doit être, philosophique. Dans ime œuvre littéraire, l'essentiel c'est l'idée, et la forme ne vaut que ce que vaut l'idée.
De ce point de vue élevé où se place Lessing, il ne peut que regarder avec dédain et colère la médiocrité qui envahissait et déshonorait la littérature. Aussi la poursuit-il sans pitié, tout d'abord, comme nous l'avons vu, dans la personne des mauvais traducteurs, qui défigurent les auteurs qu'ils traduisent, et gâtent la langue dans laquelle ils les traduisent. Cette haine de la médiocrité prétentieuse et outrecuidante jointe, chez lui à des principes sévères de style et de goût, à la conception d'un idéal littéraire bien supérieur à celui qu'il