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Première dissertalion

t. Daos une des UUre» iur ta tUtirature (la il*), LesBing recommande à Wieland Tusage de la méthode socratique, comme tréa propre, étant maniée habilement, à découvrir les vérités las plus profondes.

fable : « La fable est une action allégorique communément attribuée aux animaux. » Mais il ne dit pas. pour* quoi. Breitinger, dans sa CrUische Dichtkunst, professe que le merveilleux seul attire et séduit Timagination; le merveilleux constitue l'essence même de la poésie. Or, comme la fable se propose de donner aux hommes des leçons de morale et de sagesse, elle doit emprunter des exemples et des personnages à la vie ordinaire, autrement eUe n'aurait aucune efficacité. Mais l'imagination n'y trouverait pas son compte. Pour faire de la fable une création poétique, qui étonne et charme l'imagina* tion, il faut y introduire le merveilleux, et le merveilleux consiste ici à faire parler et raisonner les animaux, ou d'autres êtres inférieurs; à les métamorphoser en êtres humains, en personnes morales. Lessing n'a pas de peine à réfuter cette explication. Ce don de la parole accordé aux animaux dans la fable, ce n'est pas là du merveilleux. Dans un conte de fées, oui ; parce que là on voit tout à coup, et sans qu'on s'y attende, un animal parler, im objet inanimé prendre vie. C'est une surprise pour l'imagination. Mais dans la fable, on sait que les animaux parlent; on s'y attend; c'est chose admise, donc aucunement merveilleuse. Dans la fable, l'animal n'est qu'une représentation fictive de l'homme. C'est moins l'animal que l'homme supposé qui parle. C'est nous-mêmes que nous voyons dans l'animal, qui ne prête en quelque sorte que son nom, sa figure, son caractère typique.

Lessing donne de ce fait une explication ingénieuse, logiquement, sinon historiquement vraie*. C'est l'uni-

1. Herder explique la présence des animaux dans la fable, par la dis<

yersalité et la permanence du type de ranimai qui justifient sa présence et son rôle dans la fable. En entendant prononcer le nom du loup, du renard, de Tagneau, on sait tout de suite à quoi s'en tenir sur leur personnalité. On sait d'avance conunent ils parleront, comment ils agiront. Leur nom seul est im signalement et une description de leur individu; tandis que si Ton choisissait des persoimages humains, môme illustres, représentatifs de certains vices ou de certaines vertus : Néron, Socrate, Ëpaminondas, Marc-Aurèle, cds hommes ne seraient pas tout de môme assez connus pour évoquer dans l'esprit de tout le monde le caractère qu'ils personnifient ; et la brièveté nécessaire de la fable ne peimet pas au poète de nous les présenter d'abord et de nous les faire connaître. De plus, les animaux, malgré leur analogie avec nous, n'excitent cependant pas notre antipathie au môme degré que les hommes, s'ils étaient les héros de la fable, et comme celle-ci veut nous instruire et non nous émouvoir, qu'elle ne s'adresse qu'à notre raison, les émotions humaines qu'elle produirait en nous offusqueraient la vérité et rendraient moins efficace la leçon qu'elle prétend nous donner.

Dans la troisième dissertation, Lessing examine différentes opinions sur la division des fables, particulièrement celles de Le Batteux et de Wolf, dont il adopte les termes, mais en les commentant à sa manière et en les complétant. Comme ces distinctions trop subtiles et

posilioQ naturelle àDolre imagination, d'attribuer la vîe, Taclivité, Hdtelligence aux ôtres de la nature. Ia fable, selon lui, est faite pour le peuple et pour les enfants. • Elle n*a Jamais éié inventée par des philosophes abstraits, pour des philosophes abstraits. ■

arbitraires n'ajoutent rien à Tidée et à la définition qu'il a données dans les deux premières parties, nous avons jugé inutile de les reproduire ici. De même pour la cinquième, où l'auteur traite de l'utilité des fables dans les écoles. Il voudrait les faire servir à exercer et à développer l'esprit d'invention des élèves, en leur apprenant à découvrir de nouvelles applications morales dans des fables connues.

La plus intéressante pour nous de ces dissertations, c'est la quatrième, qui traite de l'exposition (Vorttag) ou plus exactement de la foime de la fable. Là, Lessing met en présence les trois fabulistes qui représentent chacun une forme difTérenie, un type original de la fable: Ésope, Phèdre, La Fontaine. Il les compare, il les juge, et accorde la préférence à celui qui seul, selon lui, représente la fable dans toute sa vérité, dans toute sa pureté. Il va sans dire que ce sera celui qu'il a imité lui-môme, et dont il a tiré sa propre définition : Ésope, le véritable, le seul maître, la parfaite incarnation de la fable, qui en a réalisé le mieux l'idée, par la brièveté concise du récit, sans ornement, sans développements ; qui ne dit que ce qui est absolument nécessaire pour représenter à l'intelligence, dans un fait particulier, une vérité morale. ♦ Il ne connaît pas de milieu entre ce qui est nécessaire et ce qui est inutile. »

Toutes les fables qui s'éloigneront de ce modèle, ne seront pas de vraies fables, et le critique n'en fera aucun cas. Il estimera peu le talent qu'y auront, mal à propos, dépensé leurs auteurs. Phèdre encore trouve presque grâce à ses yeux. « Il avait incontestablement l'idée de s'en tenir à Ésope, et là où il s'en est écarté, c'est malgré lui , contraint en quelque sorte par les

exigences du mètre et du style poétiques ; et chaque fois qu'il Ta fait il a commis quelque lourde bévue. »

On devine bien que Lessing sera beaucoup plus sévère pour La Fontaine, dont les fables ressemblent si peu à celles d'Ésope, et aux siennes, et ne répondent que très imparfaitement à la définition presque géométrique qu'il en a donnée. La Fontaine d'ailleurs est Français. L'occasion est bonne de démolir une de nos gloires les moins contestées, et malheureusement trop adnûrée et imitée en Allemagne. Lessing, il est vrai, proteste contre tout reproche de parti pris et de prévention hostile : « Je n'en veux pas, dit-il, à La Fontaine, mais à ses admirateurs aveugles et à ses imitateurs. » Mais en attendant, c'est La Fontaine qui paiera pour eux. Il l'appelle d'abord un « singulier génie » (ein sonderbares Génie) sans expliquer autrement le sens de cet éloge équivoque.

A-t-il au moins par une étude approfondie, par une critique impartiale des fables de La Fontaine, justifié la médiocre opinion qu'il en a? Nullement. Lessing est avant tout l'homme de la théorie, des définitions abstraites et absolues. Il lui suffit que les fables de La Fontaine ne répondent pas au type de la fable, représenté par Ésope, et au Canon définitif établi par lui-même. Il n'en faut pas davantage pour condamner le fabuliste français. Dans ces Dissertations, nous trouvons déjà la méthode et la tactique de la Dramaturgie. Là aussi, ou posera la définition de la ti*agédie d'Aristote, comm^* la seule vraie, la seule possible ; et toute œuvre qui s'en écarte, comme celles des classiques français, n'est pas une tragédie, n'en mérite pas le nom. De même encore que, dans la Dramaturgie^ Lessing jugera Cor-

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neille, moins par ses pièces que par ses préfaces, et qu'il triomphera contre lui, de Taveu ingénu de sa préférence pour Rodogune, une de ses plus faibles piè* ces ; de même ici, c'est le jugement que, dans sa modestie naïve, La Fontaine porte siur ses propres fables, qui servira à Lessing de pièce justificative pour sa critique. La Fontaine reconnaît avec une aimable loyauté < qu'on ne trouvera pas dans ses fables l'élégance ni Textrôme brièveté qui rendent Phèdre recommandable ; que ce sont là des qualités qui sont au-dessus de sa portée; que c'est par cette seule raison qu'il ne peut imiter Phèdre en cela, et qu'il a cru qa^il fallait, comme compensation, égayer l'ouvrage plus que Phèdre ne Ta fait* ». « Quel aveu! s'écrie Lessing. A mes yeux cet aveu lui fait plus d'honneur que toutes ses fables. » Je le crois ; car cet aveu vous suffit pour avoir raison contre La Fontaine; en affectant de le prendre à la lettre et de le croire sur parole ; et cependant le mot do Fontenelle que vous citez, est parfaitement juste et vous donne tort : « C'est par pure bêtise que La Fontaine s'est mis au-dessous de Phèdre. » Aussi tout le mérite de La Fontaine est d'avoir égayé la fable (Lessing prend ce mot dans le sens le plus restreint [Lustigkeit], qui n'est pas tout à fait celui que La Fontaine entendait lui donner) ; d'en avoir fait un joli jouet (ein artiges Spielzeiig)^ rien de plus. Voilà à quoi se réduit tout le mérite di» La Fontaine, et toutes les qualités qui font de ses fables, autant de petits chefs-d'œuvre : la vérité des caractères et des peintures, le charme du dialogue et du récit, la grâce naïve du style, se résument pour Lessing dans

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