Préface des Dissertations
CIUÏIQUE LIITÉRAIRE» 147
ci'ie au cheval : Quelle honte! je ne me laisserais pas eoiiduire par ùh enfant ! —Moi bien, répond le cheval. Quel honneur serait-ce pour moi de jeter à^bas un enfant? » Ou bien encore : « On demandait à l'aigle : Poui*quoi tiens-tu tes petits si haut dans les airs ? L'aigle répondit: Oseraient-ils, devenus grands, s'approcher si près du soleil si je les élevais tout bas près de la terre ?» Et ainsi de presque toutes les autres. Les fables de Leasing sont de véritables fables express. Celles qui sont plus longues, le sont à cause de la nature môme du sujet, mais toujours sans rien qui anime et coloi*e le récit ; sans aucun trait d'imagination ou de sensibilité . Tout y est raisonnable, abstrait, d'une froide nudité. « Il n'a même pas, comme le remarque très justement Saint-Marc Girardin, la gravité ni la hauteur des sentences de la sagesse antique. La morale de ses fables n'est souvent qu'une morale piquante et juste... Le lecteur est tenté de se dire que ce n'était pas la peine de faire une fable pour si peu *. »
Chez Lessing, ici comme partout, le critique domine. Ses fables sont d'un philosophe du xviii* siècle, qui n'est pas poète et qui ne veut pas l'être. Herder a déjà signalé cette diflërence entre les fables d'Ésope et celles de Lessing. Tout au plus leur accorde-t-il d'être « un genre plus fin des fables ésopiques ' * .
Mais en ramenant la fable à la philosophie, à laquelle la rhétorique l'avait enlevée ; en la dépouillant de tout ce que l'imagination du poète peut y ajouter, sans l'é-