Étude êur La Fontaine et le$ fabulistes, t. II» p. 88i
s. Galerie grosser und weiser Mànner : Herder, SàmnuliGhe Werke, 11. BanU.
tendre toutefois hors de ses limites naturelles, il Ta dé* pouillée en méùie temps des qualités qui lui sont inhérentes, et qiii en font le charme et l'intérêt : le naturel et la naïveté. Le grand germaniste J. Grimm, qui a si bien compris et remis en lumière le caractère de Tantique épopée animale, ne peut approuver la théorie de Lessing : « Sans doute, cbêzLessing, les animaux conservent leur caractère. Mais ce qu'ils fout, ne nous intéresse qu'en vue de la morale qu'on, attend. La brièveté est aux yeux de Lessing l'ânle de la fable. Mais on peut affirmer au contraire qu'elle en est la mort, car elle eu détruit la substance intime (den inneiti Gehalt) \ »
Ce jugement de J. Grimm, et d'autres encore, sont la meilleure réfutation des repi'oches dédaigneux adressés par Lessing à La Fontaine, et réhabiliteraient, s'il eu avait besoin, notre grand fabuliste '. La Fontaine a fait le contraire de ce que fait Lessing. Il a ramené la fable à la poésie ; il lui a conservé son véritable caractère, sou charme poétique, sans Im enlever son efficacité morale. Toute la gloire et tout le génie de La Fontaine sont là. La poésie rend la vie aux êtres et aux choses, dont la philosophie les. a dépouillés. Au lieu de désigner simplement par le nom abstrait de leur espèce, les person-
1. Von der Thierfabel. Auswahl aut den kleinem Sehriften. Berlin,
2. Nous devons dire cependant que J. Orimm, qui se montre assez sûvéru pour Leasing, n'est pas plus sympathique pour cela à Tégard do I^ Fontaine. Il lui reproche surtout de manquer de naïve(é(!) de n'avoir )>ns la simplicité primitive d» Tantique épopée animale, de n^avoir jf.raais atteint la copieuse plénitude de la vraie fable. C'est accuser IXi Fontaine d'être Thomme do son siècle, et non du moyen âge; d*avoir fait la fable telle qu*il Tentendait et de l'avoir accommodée au goût Ue ses contemporains. Il ne favit demander à un auteur et à une époque qiio co qu'ils peuvent produire.
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nages de ses fables, les animaux, il les fait vivre, agir, parler, dialoguer devant nous, en leur prêtant le caractère, les mœurs, les passions, le langage qui leur conviennent. Ce ne sont plus de vagues entités, des signés algébriques en quelque sorte; ce sont des personnes auxquelles nous pouvons nous intéressar, que nous pouvous aimer, plaindre ou détester. Ils ne sont pas seulement les intermédiaires anonymes et impersonnels de la pensée du moraliste. Ils existent par eux-mêmes et pour eux-mêmes, sans que la leçon morale en soufifre. Le squelette décharné est redevenu un corps vivant, un être animé. En outre, ils ne se développent plus dans le vide. Ils ne sont plus détachés de leur milieu naturel ; ils sont placés dans le décor qui convient à cette « comédie aux cent actes divers > dont ils sont les acleurs.
La Fontaine a fait œuvre de poète'; mais il a fait en même temps œuvre de moraliste. La leçon que nous retirons de ses fables n'est pas moins persuasive et salutaire, parce qu'elle nous a divertis et charmés avant de nous instruire*.
La conclusion de tout ceci, c'est que Lessing a donné de la fable une théorie savante et subtile, et qu'il a fait, conformément à cette théorie, des fables raisonnables, philosophiques, instructives, qui font penser, mais qui ne charment pas, et qui n'auront jamais la popularité qui est la vraie gloire du poète.
La Fontaine, lui, a peu réfléchi sur la nature et les conditions de la fable. Mais en se laissant aller à son
1. Personno n*a mieux établi la diffûrence entre la fable philosophique d*É8ope et de Lessing et la fable poétique de La Fontaine que Taine dans sa magistrale Élude sur let Fableê de La Fontaine,
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naturel, eh suivant l'inspiralion d'e soii génie, il a fait des fables, œuvres de raison et de poésie à ]a fois, qui efaarment'et qui instruisent, et que tous, jeunes et vieux, lisent'et savent par cœur*.
1, Nous avons déj\ va par le jugemont de Grimm, et par les réflexions de Herder/que la théorie de Lessing sur la fable n*a pas pour elle ripraiiniiUUJ et la vérité absolue que lu! attribue sonaiileun Dés leur apparition, tlIsser;allons et fables furent attaquées avec violence par Bodmer* qui avait de bonnes raisons d*en vouloir à Lessing, iljtmcteur obsitnd do ses poèmes bibliques. Dans un opuscule (t««sing'iche unœsapiêche Pabeln) lous le psoudooymo de H. Axel, Il Taccuse (|*avoir pillé d*anciens fabulistes, et easaye de réfuter sa théorie sur Ib fable. Lossing répondit à celto diatribe dans la 197« LeUre tur ta Liuéraiure •*.
De nos jours la théorie de Lessing a trouvé un défenseur dans Gerviuus (Gesehichte der deulschen Didttung, L I , p. iî7), qui cooil^t la théorie de Grimm sur ToAgine commune de la fable et de Tépopéu «niuiale, regarde Ésope comme le véritable père de la falde et approuve Lessing de Tavolr ramenée & sa vérltoble nature.
* Un Article du Journal étranger, toct en lonant l'esprit, U flneue, la ptofon- (Var plillo^optiiqae des ftiblea de Leasing, qu'on mppeiie • un des pliu heureiix gi'nies de l'Allema^e*», f lit ae» réserve* sur la théorie et sur les fables, dont la prûoision affectée ne s'accorde pas ayec le caractère de la f^ble. On dit très Juste* ment que « s'il ne s'agisxait que de nous cont^utre tout droit A la vérité, on se passerait de la Cable elle-même ».
** Les-ing lui-même, malgr é la certitude infaillible qu'il attribue A sa théorie, n ) se faisait pas illusion sur raccneil qu'elle reneontrerait ainsi qoe ses Cables. Ka envoyant l'exemplaire A Gleim, il les traite de fadalses*(fiaffp<Uie«) et il • prévoit qne ni. ses fables ni ses dissertations ne pourit>nt obtenir le sniTrace d'un poéto ni le sien par const'^quent • (Éd. Hompel, vol. Y', p. 186). Ce ton détaché A propos de ses œuvre*, est dn re>te habituel A Leasing, tl parlera de même de eon LaoeooM et de sa. Dramaturgie.