‹ LessingChapitre 64 sur 233 · Clmp. IV · texte numérisé non relu

Clmp. IV

2. Herder (dans l'ouvrage déjà cité, chap. II et V) conteste Tinterpré- (DlioQ de Leasing. Selon lui, Philoctète ne parle pas ; il exhale des gémissements plaintifs ; il retient, sa douleur plutôt qa*il ne la manifeste au dehors. Il ressemble plus au Laocoon du groupe qu*à celui de Virgile.

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tiques et la poésie, qui doivent' faire réfléchir ceux qui confondent ces deux ordres d'art et veulent ti*ansporter à Tun les procédés de Tautre. :

' L'examen comparatif dii groupe de Laocoou et du récit similaire de Virgile fournit encore à Lessingde nouveaux arguments pour fortifier sa thèse, et pour élur cider en même temps un problème d'archéologie qui n'est pas encore résolu de nos jours.

On s'est demandé, en présence de ces deux œuvres qui représentent par des moyens différents le même sujet, et qui offrent dans l'exécution de visibles analogies, si l'un n'est pas une imitation de l'autre; lequel des deux est antérieur à l'autre, et lequel du groupe ou du récit poétique a servi de modèle ?

- En admettant avec certains savants que le groupe appartient à l'époque des empereurs romains, à l'époque de Titus, ce qu'on a cru pouvoir conclure d'un passage de Pline l'Ancien, le seul qui fasse mention du groupe, ce gi-oupe serait postérieur à Virgile*. On pourrait donc supposer assez vraisemblablement, en se fondant sur certaines analogies assez marquées entre les deux prOf* ductions, que les sculpteurs ont pris pour modèle le poète. Mais si les analogies dans la conception du sujet semblent confirmer cette imitation du poète par les^ sculpteurs, cette imitation ressort encore bien mieux des différences qu'on remarque entre les deux œuvres ; et ces difféi*ences seront une nouvelle preuve de là différence des deux arts'.

, Ainsi dans le groupe, comme dans le récit de Virgile,

t. Voy. plus loin.

t. Chap. V,

nous voyons Laocoon cherchant de ses mains à se débarrasser de Tétreinte des serpents qui entourent son corps et les corps de ses fiU. Mais chez le poète ces serpents immenses enlacent d'un Rouble nœud le corps entier du père, le cou et la poitrine, et leurs têtes se dressent en Tair bien haut.

Les sculpteurs n'ont pas imité ici le poète et ne devalent pas Timlter.

Gomme il s'agissait, dans une œuvre de sculpture, de représenter dans l'attitude du corps les effets de la douleur et du poison ; pour que ces effets fussent visibles, il fallait que le corps fût libre, et que le jeu des muscles et des nerfs ne fût dérangé ou caché par aucune pression extériem^e.

En outre, les nœuds des serpents et leurs têtes pointues se dressant eu Tair, auraient foinné une masse d'aspect informe, un ensemble disproportionné et disgracieux, désagréable à l'œil, nuisible à l'effet esthétique.

C'est pour la même raison que I^aocoon, que le poète nous montre revêtu de sa robe et du bandeau sacerdotal, souillé du venin des serpents, apparaît nu, ainsi que sps fils, car ces vêtements, ces insignes qui, dans la description poétique ne cachent rien, n'empêchent nullement notre imagination de voir, à travers ces voiles, la douleur tordre les membres du malheureux, et même ajoutent à l'boiTeur du tableau, en nous laissant deviner que même la dignité sacei-dotale du prêtre d'Apollon n'a pu le soustraire à son tragique destin, — ^ tous ces accessoires auraient caché les formes, les lignes du corps, la reproduction du nu qui est l'objet propre de la sculpture.

£n n'imitant pas en tout point leur modèle, les au-

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leurs du groupe ont donc prouvé qu'ils comprenaient les obligations et les exigences de leur art, et que le sculpteur, même dans un sujet identique, ne peut pas faire comme le poète ; car ce qui est uue beauté chez l'un, serait un défaut et une maladresse chez l'autre. .

Pour achever sa démonstration, Lessing admet un instant l'hypothèse contraire, également adoptée par Quelques savants, que l'œuvre du sculpteur est antérieure à celle du poète et que ce serait alors le poète qui aurait imité le sculpteur, toujours à cause des analogies frappantes dans la conception et les ti*aits essentiels du sujet. Mais dans cette hypothèse on ne comprendmit plus les différences qu'on remarque entre les deux œuvres. Ici elles ne s'expliquent plus par la différence des deux arts, — car si le sculpteur ne peut pas imiter en tout le poète, parce qu'il est plus limité dans ses effets et ses procédés; parce que son domaine est plus restreint, le poète en revanche peut faire, à sa manière du moins, tout ce que fait le sculpteur; il peut aller aussi loin que lui, plus loin encore, puisque le domaine infini de la réalité lui appartient, et qu'il s'adresse à l'imagination infiniment plus souple, plus complaisante, moins exigeante que l'œil, qui regarde les œuvi*es de l'art plastique. Le poète n'avait donc aucuue raison, s'il avait pris pour modèle le groupe, de ne pas le reproduire, non seulement dans son ensemble, mais dans tous ses détails. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'on doit supposer qu'il n'y a pas eu imitation, et l'hypothèse de Tanlériorité du groupe perd beaucoup de sa valeur ^

1. Leasing admet cette imitation surtout comme une bypullièse favorable à sa iliése. Il croit cepeudant la justiûor par l*analogie qii'ii trouve chez les sculpteurs et chez le poète, dans la conception générale

Il importe d'ailleurs de bien préciser ce qu'on doit entendre par imitation. Si le poète et l'artiste traitent le même sujet, il est naturel que leurs œtiYres offrent certaines ressemblances. Mais il ne faut pas en conclure que nécessairement l'un ait servi de modèle à l'autre. C'était une erreur commune aux esthéticiens et critiques d'art du dernier siècle , de vouloir expliquer les œuvres de l'art plastique par des passages analogues de poètes et réciproquement.

Ils admettaient comme chose certaine, à cause de la solidarité obligée entre les arts plastiques et la poésie, que lorsque l'artiste ou le poète se rencojitraient dans la description d'un même sujet, nécessairement l'un avait dû copier l'autre.

Lessing s'attache à réfuter cette . fausse conceptiou, qui n'est encore qu'une conséquence de la confusion des arts plastiques et de la poésie '.

Il en trouve un frappant exemple dans l'ouvrage de l'Anglais Spence, le Polymetis, estimable et utile d'ail*

du sujet, et doat il attribue, à tort, riavention à Virgile. Cette hypothèse implique aussi que le groupe date de Tépoque de Tempereur Titus, et qu*il est par conséquent postérieur à Virgile. C*est ce que Lessing essaiera d'établir plus loin au chapitre XXVI, contre Wlnkelmanu, qui, lui, place Je groupe à la plus belle époque de la sculpture grecque, sous Alexandre le Grand. Lessing se fonde sur un passage de Pline rAnclen, le seul qui fasse mention du groupe, liais ce passage n*e8t rien moins que décisif, et rorgumentation ingéuieuse de Leasing est repoussée par les juges les plus autorisés en matière d*arch'éologie grecque, qui attribuent le groupe à des artistes de TÉcole de Rhodes postérieure à Alexandre lo Grand (S50-S00 av. J.-C.). Quant au modèle que les sculpteurs ont dû imiter, co serait vraisemblablement le Laocoofi do Sophocle qui est perdu, et dont Lessing fait mention an chapitre I*', mais a un autre point de Tue. (Voy. Overbeck : Geêchiehu der griêchùehen Ploilik; Brunn, Getchiehte der GrieehUeken KûnëUer, l^ vol., chap. V (1889); Bliimner, p. 587. 1. Cliap. VU.

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leurs, mais qui pèche par cette manie' de raùtèur, de Yoir partout des imitations de poète à artiste ou d'artiste à poète. Ainsi, loraque Yalerius Flaccus, dans ces vers, décrit Téclair, insigne de Jupiter, que les soldats l'omains portaient sur leur bouclier; lorsque TibuUe peint Apollon tel qu'il Ta tu eu rêve : « le plus beau des jeunes hommes, le front ceint d'un chaste laurier, sa chevelure d'or flottant autour de ses épaules odorantes des parfums de Syrie, etc. »;lor8quaJuyénal compare le riche oisif et inutile, à une statue d'Hermès, simple pilier surmonté d'une tête sans pieds ni mains, symbole de rinactiyité et de l'impuissance, — faut-il nécessairement, comme le prétend Spence, et comme il cherche à le démontrer à l'aide de subtiles explications et d'interprétations forcées, — faut-il que ces passages poétiques soient la copie d'une médaille, d'un tableau, d'une œuvre de sculptm*e. que le poète avait sous les yeux? • . ' , .

C'est méconnaître l'indépendance, la peraonnalité en quelque sorte de la poésie, c'est la reconnaître incapable d'inventer par elle-même.

Lessing rencontre siu* son chemin une autre erreur plus grave, conséquence aussi de la même confusion entra les deux branches de l'art, et qui avait pour défenseur un archéologue. et un critique renommé^ le comte de Caylus.

Dans son ouvrage Tableaux d'Homère et de VirgUe\ très répandu dans le monde savant et littéraire, le comté de Caylus", dans l'excellente intention de renouveler,

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