‹ LessingChapitre 65 sur 233 · Paris · texte numérisé non relu

Paris

t. Le comle de Caylus, dont Lessing no parle que pour réfuter sa

d'enrichir la peiuture de son temps, de stimuler Timagination et l'ambition des artistes, leur signale les poèmes d'Homère comme une mine féconde à exploiter. Il essaie de leur prouver que toutes les descriptions dont abondent Vlliade et VOdyssée, leur offriront autant de sujets de tableaux, tout prêts à être transportés sur la toile.

S'il ne s'agissàit^que de recommander aux peintres l'étude d'Homère, pour échauffer leur imagination au contact de ce poète incomparable, pour les engager à y puiser des motifs de tableaux, mais qu'ils exécuteraient ensuite à leur manière, avec les procédés propres de leur art, ce serait à merveille et il n'y aurait aucune objection à faire.

Mais le comte de Caylus va plus loin. Il veut que les peintres reproduisent les descriptions d'Homère comme ils reproduiraient quelque tableau de mattre. Car Homère, à ses yeux, est un grand peintre; ses tableaux sont tout faits, tout prêts. Le peintre n'a qu'à les reproduire trait pour trait sur la toile.

Voici ce que Lessingne peut admettre, car cette thèse n'est que l'application directe de la théorie que Lessing se propose de ruiner. Aussi déploie-t-il contre ce nouvel adversaire toutes les ressources combinées de sa science littéraire et de sa dialectique ^

thèse contraire à la sionae, a trouvé récemmeut un biographe ûrudit ot un appréciateur judicieux dans If. Rocheblavo [Bêsai ntr le comte 4e Cayluê, Paris, 1889, Hachette), qui fait ressortir los mérites di\crs de l'écrivain, de rarllsto, de l*antiquaire et du critique d'art. II. Rochcblave niontre aussi (co qu'avait déjà indiqué M. Crouslé dans sou livre : Leêiini ^' ^ 90ii< français) que Poudrage du comte de Caylus, où Lessing n'a trouvé qu'une erreur à combattre, renferme déjà, entrevue seulement il est vrai, l'idée mère du iMoeoon. 1. Chap. VI.

ir prouve au comte de Gaylus, Homère en maiu, que le conseil qu'il donne aux peintres est inexécutable; que les descriptions d'Homère sont celles d'un poète, et n'ont aucun des avantages, aucune des qualités qu'on demandé au tableau d'un peintre.

Homère représente deux espèces de pei*sonnages et d'actions : les uns visibles, les autres invisibles, comme les dieux qui se mâlent à l'action, mais ne doivent pas âtre. aperçus par les mortels. (Comment la peinture, où tout doit être visible, et visible de la môme manière, peut-elle se reproduire de tels tableaux sans choquante invraisemblance ?

En outi-e, tous les traits extérieurs qui, chez Homère, servent à distinguer les dieux des mortels : la grandeur gigantesque par exemple, sont perdus pour la peinture. L'imagination du lecteur peut se figurer les dieux aussi grands qu'elle veut; la peinture, qui a besoin de propoilions déterminées, ne le peut pas.

Enfin^ les plus belles descriptions d'Homère sont précisément celles dont le peintre ne peut rien faire : par exemple, la description de la peste, par où débute le premier chant de V Iliade ' : Voyons le tableau que le peintre, docile au conseil du comte de Gaylus, aurait exécuté d'après Homère. Qu'y veiraitrou? Des cadavres, des bûchers, des mourants qui s'occupent des morts, et, sur un nuage, le dieu lançant ses flèrhes sur l'armée des Grecs. Voilà tout, et ce tableau pouiTait se résiuner ainsi : Apollon là-dessus s'irrite et lance les flèches sur l'armée des Grecs. Beaucoup de Grecs périrent et leurs cadavres furent brûlés. Qu'on lise main-

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