‹ LessingChapitre 66 sur 233 · Chnp. xni · texte numérisé non relu

Chnp. xni

tenant Homère, oq verra : < Phœbus Apollon qui, la colère dans rame, quitte les hauteurs de l'Olympe, portant Tare et le carquois bien fermé, et sur Tépaule du dieu irrité résonnent les flèches, lorsqu'il s'avance marchant semblable à la nuit sombre. Il s'assied ensuite loin des vaisseaux et lance une flèche. Terrible retentit le bruit de l'arc d'argent. D'abord il n'atteint que les mulets et les chiens agiles. Mais maintenant il tourne ses flèches mortelles contre les Grecs eux-mêmes, et sans relâche brûlaient de nombreux bûchers *. >

En revanche, là où Homère ne donne qu'une brève et sèche description, comme lorsqu'il nous montré, eu quatre vers, « lés dieux rassemblés, assis sur des sièges d'or et, circulant parmi eux, Hébé leur versant du nectar, et eux, buvant et abaissant leurs regards sur Troie* y, le peintre trouverait un magnifique sujet de tableau, mais qui serait inspiré indirectement, et non directement copié d'Homère.

Il résulte de ce rapprochement, que la description du poète diffère absolument de celle du peintre, et que les procédés de l'un ne peuvent convenir à l'autre. Milton, qui ne peut rien fournir au peintre, n'en est pas moins un grand poète, un grand peintre à sa manière. Les récits simples et nus de l'Évangile ne sont pas des poèmes. Nulle part cependant les peintres n'ont trouvé une plus riche mine de tableaux.

Le pittoresque de la poésie n'est pas le pittoresque de la peinture. Chacun des deux arts a ses ressources, ses procédés, ses beautés propres.

Toutes ces observations, ces expériences faites sur

1. Iliade, chap. I, v. 44-53. — t. lUiade, chap. IV, v. i-4..

CRITIQUE ESTHÉTIQUE. ISQ

des œuvres d'art et de poésie, ces discussions et niéme ces digressions inutiles en apparence, tendent. vei*8 le même but : nous faire comprendre qu'il existe une différence sérieuse entre les arts plastiques d'une part, et la poésie de l'autre, et qu'il n'est pas permis de les confondre quant à leur objet, quant à leurs procédés, quant à leurs limites respectives.

Après avoir établi cette distinction expérimentalement, Lessing l'établira dogmatiquement ; il la démontrera en remontant aux principes sur lesquels reposent les arts plastiques et la peinture. Pour cela il nous faut d'abord examiner de plus près les moyens d'expression, les signes dont ils se seivent. La nature de ces signes nous éclairera sur l'objet, sur retendue d'action et les limites de ces deux ordres d'art.

La peinture se sert de figures et de couleurs. Lessing omet la sculpture, qui se sert de la pierre, du marbre, c'est-à-dire de matières solides. Mais cette omission n'a pas d'importance ici; ce qui importe, c'est que figures, couleurs, pierre ou marbre se ressemblent en ceci, que ce sont des choses inatérielles, qui, comme tout ce qui est matériel, coexistent dans l'espace.

La poésie, d'autre part, a pour signes, les sons articulés, les mots du langage, lesquels se succèdent dans le temps.

Or comme les signes ont un rapport de convenance (ein bequemes Verhàltnis) avec la chose signifiée, Lessing en conclut que les signes coexistants, les signes de la peinture (et de la sculpture) ne peuvent représenter que des choses qui se succèdent dans le temps \

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