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Chap. XIX

uine, ce thème favori des poètes et des lecteurs, lui sera refusée. En effet, la beauté physique d'une chose ou d'une personne, étant un composé de parties juxtaposées et coexistantes, appartient naturellement aux arts plastiques, tandis que Ténumération successive et minutieuse des perfections d'un beau visage ou d'un beau corps, ne saurait nous donner l'impression d'ensemble que produit sur nous la réalité, ou le portrait qui la représente.

De pareilles descriptions, même les plus célèbres, celles que l'on vante comme des modèles, par exemple la description d'Alcine dans le poème de l'Arioste', font songer à des blocs de pierre qu'on transporterait à grand'peine au haut d'une montagne pour y construire un bel édifice et qui, arrivés au sommet, immédiatement retomberaient de l'autre côté^

Aussi les vrais poètes, presque toujours, se sont- ils abstenus de ce tour de force inutile.

Anacréon par exemple, qui veut décrire les charmes de sa mattresse et de son Batylle, tourne la dif&culté, et, comme Homère pour le Bouclier d'Achille, suppose qu'il a devant lui un artiste auquel il fait exécuter le portrait des deux personnes, lui indiquant, lui dictant en quelque sorte successivement tous les traits qu'il doit représenter sur la toile. C'est encore le travail, Faction du peintre, non l'objet lui-même qu'il nous décrit.

Faudrait-il conclure de là que la description de la beauté n'aura aucune place dans la poésie? Nullement.

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