Glmp. XX
< Si on interdit à la poésie le seul chemin par où elle croit y arriver, en marchant péniblement sur les traces d'un autre art, sans pouvoir cependant atteindre le même but, on ne lui ferme pas pour cela tout autre chemin, où à son tour l'art rival ne pourra pas la suivre*. »
La poésie décrira donc la beauté physique, mais à sa manière, avec les ressources gui lui sont propres. Si elle ne peut pas nous la montrer dans ses éléments matériels et visibles, elle nous la montrera dans ses effets, dans l'impression qu'elle produit sur notre âme. « Peignez-nous^ poètes, le plaisir, la sympathie, l'amour qu'excite en nous la beauté, et vous aurez peint la beauté elle-même*. »
Ainsi a fait Homère qu'il faut toujours citer. Il ne s'arrête pas à nous dépeindre la beauté d'Hélène, trait par trait, comme a prétendu le faire dans une sèche el froide énumération le chroniquem* Constantin Manasses, loué cependant par M*"* Dacier. Il nous apprend, et en passant seulement, qu'elle avait les bras blancs et une belle chevelure. Mais quand il l'a fait paraître devant les vénérables vieillards troyens, et que ceux-ci, troublés par cette apparition, avouent « qu'on ne saurait blâmer les Troyens et les Achéens aux brillantes cnémides, d'avoir enduré tant de misères pour une telle femme, dont l'aspect ressemble à uue déesse immortelle », Homère nous donne de la beauté une idée qui dépasse tout ce que la peinture pourrait réaliser ici. Qu'on place maintenant en face de cette description