‹ LessingChapitre 75 sur 233 · Chap. XXII · texte numérisé non relu

Chap. XXII

s. Clmp. XXI.

« Dans la description de TArioste mentionnée plus haut, ce qui nous plaît et noua touche, ce n'est pas la beauté des formes, c'est surtout la grâce des mouvements. L'impression que font sur nous les yeux d'Alcine, ne provient pas de ce qu'ils sont noirs, mais de ce qu'ils se tournent lentement, avec un charme délicieux, et que l'Amour voltige autour, et de là, décoche tous les

traits de son carquois. Sa bouche ne nous ravit pas parce que ses lèvres de carmin enferment deux rangées de perles, mais parce qu'on y voit naître cet aimable sourire qui déjà sur terre ouvre le paradis, et que de cette bouche partent ces douces paroles qui émeuvent les cœurs les plus rudes * . »

Par une apparente contradiction, mais qui découle logiquement de sa théorie esthétique, Lessing, qui refuse à la poésie la peinture de la beauté physique, lui accorde, compensation bien insuf&sante, le droit de représenter le laid, et il le refuse en revanche à la peinture. Eu voici la raison. Comme la beauté, la laideur physique dans les objets résulte de la coexistence, de la juxtaposition d'un certain nombre de parties. Mais ces parties sont disproportionnées, en désaccord et en disharmonie entre elles*. L'impression que donne la laideur est pénible, repoussante. Seulement cette impression est diminuée, affaiblie, par la difficulté même qu'éprouve l'imagination, à former l'image d'ensemble d'un objet dont on lui a érruméré une à une les différentes parties. L'image est confuse et incomplète; doue l'effet de la laideur est atténué ; le laid cesse d'être ab*

Page 1