‹ LessingChapitre 78 sur 233 · Gbap. XXIV · texte numérisé non relu

Gbap. XXIV

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«. Chap. XXV.

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tout d'un coup s'arrête, renonçant à poursuivre plus loin les applications de la théorie qu'il a établie.

Il en donne pour raison que ï Histoire de l'Art de l'Antiquité de Winkelmann vient de paraître*.

En présence de cette œuvre magistrale qui couronne les recherches et les travaux antérieurs de son auteur, et révèle au monde savant du Nord les trésors jusque-là ignorés de Fart antique, Lessing comprend tout ce qui lui manque, tout ce qu'il a besoin d'apprendre pour continuer son travail. Aussi déclare-t-il qu'il n'ose plus hasarder un pas, avant d'avoir lu cet ouvrage, et d'y avoir puisé une connaissance plus complète et plus intime des chefs-d'œuvre de l'art grec; cap, il en fait l'aveu, c'est là ce qui lui fait en partie défaut. « Ergoter sur l'art avec des idées générales, peut nous conduire à des élucubrations qu'on trouve tôt ou tard réfutées par les œuvres des artistes... Ce que les artistes ont fait, m'apprendra ce que les artistes en général doivent faire, et quand un homme comme Winkelmann porte devant nous le flambeau de l'histoire, la philosophie peut le suivre sans crainte*. »

1. L*ouvrago de Winkelmann avoit déjà paru en 1764, donc deux ans avant que Lessing écrivit ces lignes. Sans doute, on le sait, il voulait continuer le Laocoon. Différentes causes l'en empêchèrent. Mais il fallait bien mentionner cette œuvre capitale.

8. Chap. XXVI. Les derniers chapitres qui suivent cette déclaration de Lessing, roulent sur des questions purement archéologiques, suscitées par quelques assertions de Winlcelmann dans VHiatoire de tàrt de rArUiquiié sur la date présumée du groupe de Laocoon. Lessing essaie de justifier Topinion qu*il avait déjà émise sous forme d'hypothèse, dans le cours de son ouvrage. 11 discute ensuite sur Tidentité de la statue de Chah lias décrite par Cornélius Népos, et de celle qui est connue sous le nom du • Gladiateur de Borghése s (der Borgaiêche Fechter).

L'esthétique et la philosophie de Tart n'ont* malheui*eusement pas profité des études et des réflexions nouvelles dont Lessing a été redevable à Touvrage de Winkelmann. Le Laocooii n',a donc pas été achevé. Mais l'abondance et la valeur partielle des documents posthiunes que nous possédons, monti*ent bien que ces questions n'ont pas cessé de hanter son esprit, et qu'à défaut de l'édifice complet, il a laissé du moins de nombreux et importants matériaux.

Nous n'avions pas voulu interrompre l'exposition du Laœoon par la critique et la discussion, car nous n'avons pas voulu faire connaître seulement le fond, mais la forme, la physionomie extérieure de l'œuvre ; présenter les idées dans leur suite et leur enchaînement ; montrer leplan, la méthode de l'auteur.

Lessing ne suit pas ime méthode unique. Tantôt il observe, il analyse les œuvres des artistes et des poètes, et sur cette base expérimentale, il édifie sa théorie. Tantôt encore il procède dogtnatiquement ; il vérifie la vérité de sa théorie, en la mettant en présence des œuvres qui en sont comme la démonstration vivante; des principes posés et démontrés, il tire les conséquences et les applications pratiques. Le plus souvent, c'est en prenant à partie un advei*saire, en discutant, en réfutant une fausse théorie, — c'est là sa force et son triomphe — qu'il arrive à formuler sa théorie à lui. C'est l'eiTeur d'autrui qui le conduit à la vérité. Seulement il abuse un peu du raisonnement et de la démonstration logique. <]e défaut, fréquent chez lui, est plus sensible dans les questions d'art et de poésie, qu'il s'efforce de plier à son inflexible dialectique .

Lessing ne marche pas vers la conclusion de son œu-

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vre, en ligne droite, laquelle n^est pas toujours, comme il l'a dit lui-même, le plus court chemin, ni en suivant la grande route. Il nous y conduit par des détours, par des sentiei*s de promenade, mais sans nous égarer, sans nous éloigner du but. Ce but, il Ta toujours devant les yeux et il nous le laisse entrevoir plus proche et plus disctinct à chaque tournant du chemin. Même lorsqu'il paraît l'avoir perdu de vue, lorsqu'il s'enfonce dans quelque buisson d'érudition archéologique, il en rapporte un argument, une lumière nouvelle pour sa thèse.

Le ton do son œuvre non plus n'est pas uniforme. Tantôt c'est le philosophe, le critique raisonneur etdiscuteur qui parle, tantôt c'est l'amateur d'art, le littérateur qui fait revivre devant nous, par une analyse ani- ' niée, émue, à la façon de Diderot, l'œuvre d'un artiste ou d'un poète, et vient fort à propos corriger la sécheresse et l'âpreté du logicien et du théoricien abstraits.

Maintenant, après avoir écouté l'auteur du Laoeooii, c'est à notre tour de prendre la parole, pour apprécier, pour discuter la valeur intrinsèque des théories esthétiques de Lessing.

Une œuvre aussi importante que le Laocoorij par l'intérêt du sujet, par le renom de l'auteur, par la nouveauté des vues et la hardiesse des conclusions; qui heurtait de front des opinions accréditées et démolissait des réputations consacrées ; une telle œuvre devait né-

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cessairement provoquer dans tous les sens, en même temps que des approbations et des éloges, des objections et des critiques.

Déjà les intimes de Lessing, Nicolaî, Mendelssohn, qui avaient reçu communication du plan primitif, lui avaient adressé leurs observations sur divei-s points, et nous savons qu'elles n'ont pas été inutiles '.

Herder, gi*and admirateur de Lessing, dans une de ses Siloes critiques {Kritische Wàlder)^ soumet le Laocoon à un examen approfondi; et tout en saluant dans l'auteur un maître, tout en louant les hautes et rares qualités de l'écrivain et du penseur, discute, comge, réfute, pas toujours avec justesse, dans ses parties essentielles et sur plusieurs points secondaires, la théorie esthétique de Lessing '. D'autres critiques suivirent, et jusqu'à nos jom*s le Laocoon n'a cessé d'occuper les théoriciens et les historiens de l'Art et du Beau. Il n'est pas un point de la doctrine de Lessing qui n'ait été repris, examiné, corrigé, confirmé ou i*éfuté.

Déjà dans le cours de l'analyse que nous avons don* née du Laocoon, nous avons indiqué plusieurs points où les affirmations de Lessing ont été trouvées en défaut. Mais ces erreurs de fait ou d'interprétation n'ont pas grande importance ici, car elles ne touchent point au fond de la doctrine.

Il n'en est pas de même des idées de Lessing qui se

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