‹ LessingChapitre 85 sur 233 · Th. Vischer, /Eithelik, tf 88G ot · texte numérisé non relu

Th. Vischer, /Eithelik, tf 88G ot

déciire, Lessing ne voit pas qu'en réalité Homère, en admettant, ce qui n'est pas démontré, qu'il ait voulu éviter de faire une descnption, en a fait une tout de même, ou du moins n'empêche pas l'imagination du lecteur de former un ensemble de tous les objets qu'il nous présente successivement, et de voir devant nous le char, le costume et le sceptre. Substituer un verbe actif au verbe être, ne change rien, en définitive, au mouvement naturel de l'imagination.

D'ailleurs l'exemple d'Homère que Lessing met en avant pour justifier sa proscription de la description poétique, cet exemple n'est pas absolument probant. Homère n'est pas, il est vrai, un poète de l'école descriptive. La description, sauf cependant dans un passage ou deux qu'on a opposés à Lessing, ne tient pas de place dans ses poèmes. Le genre épique ne la comportait pas. Et puis, il ne faut pas oublier, ce dont Lessing n'a pas tenu compte, que les poèmes d'Homère étaient récités, chantés. Or dans le discours parlé, la description n'est guère de mise, car ici l'imagination aurait quelque peine à suivre la parole, et à retenir toutes les parties d'un tableau successivement énumérées. Mais depuis Homère, la poésie, sauf les chants populaires, est écrite, fixée sur le papier. Elle est lue, et le lecteur peut prendre son temps, s'arrêter à loisir devant la description du poète, comme il ferait devant le tableau d'un peintre.

Évidemment, la théorie de Lessing ne répond entièrement ni à la nature, ni à l'objet de la poésie, telle que nous la comprenons, telle que nous la possédons aujourd'hui.

Trop préoccupé d'établir entre les idées un parallé-

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lisme rigoureux et une sorte de symétrie antithétique ', il a opposé les arts plastiques et la poésie quant à leur objet, mais en les mettant sur le même rang. Mais la poésie ne doit pas être coordonnée aux arts plastiques. Elle ne s'en distingue pas seulement ; elle leur est supérieure, et par son objet, et par la nature mâme des signes qu'elle emploie, et dont Lessing n'a pas saisi toute la valeur et toute la portée.

Le langage articulé est le langage de la pensée. Il s'étend aussi loin que la pensée elle-même, et, comme elle, embrasse tout l'univers, visible et invisible, le monde des corps et le monde des esprits, le réel et le possible. La poésie peut dire d'elle-même, s'exprimant par la bouche d'un grand poète : « Mon empire indni c'est la pensée ; mon instrument ailé c'est la parole'. » Tandis que les arts plastiques, bornés (la sculpture plus que la peinture) par la matérialité de leurs moyens d'expression, ne peuvent représenter qu'un côté, un aspect du monde extérieur, laissant deviner sans pouvoir l'exprimer complètement, à travers la forme matérielle, l'âme qu'elle recèle, la poésie, grâce au mot articulé, presque inunatériel comme la pensée elle-même, peut exprimer toute chose existante ou possible, et nous en donner à la fois l'idée et l'image visible.

Ce n'est pas que Lessing, malgré la prescription qu'il décrète contre la peinture poétique, s'en fasse une idée fausse, et en ignore les vrais procédés. Dans un des fragments du plan primitif du Ldocootij il nous apprend

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