Dann hnl er die Theile in der Hand
FehU leider nur dos geittige Band,
(Fautt. firator Theil : v. iriSt-iGSô.)
CRITIOUK ESTHÉTIQUE. 239
objections et aux critiques de Lessing. Même elle peut s'accorder avec sa théorie, entendue dans son sens le plus large y plus large gull ne le soupçonnait luimême. Ce que décrivent en effet les vrais poètes, ce n'est pas seulement la nature dans ses formes et ses dehors matériels (nous savons comment) ; c'est plus encore, c'est surtout la vie, ï'âme de la nature et son retentissement dans notre âme ; ce sont nos pensées, nos émotions, nos mouvements intimes, précisément ce que Lessing demande à la poésie, c'est-à-dire des actions.
Quant aux poètes et aux écrivains qui, de nos jours, continuent avec plus d'habileté et de prétentions d'art, et moins de scrupules esthétiques, les pratiques de l'ancienne école descriptive, nous les abandonnons volontiers au mépris de l'auteur du Laocoon, Mais Lessing, lorsqu'il écrivait le Laocoon, ne soupçonnait pas les développements, les accroissements que la poésie devait prendre plus tard. Peut-être, s'il avait achevé son œuvre, eût-il modifié sa théorie et relâché quelque peu de sa sévérité à l'égard de la poésie descriptive. Mais au moment où il formulait ses idées sur Fobjet et sur les limites de la poésie, il n'avait en face de lui que des productions hybrides, issues d'une union bâtarde de la poésie avec l'art plastiq[ue. Il s'agissait de rompre cette alliance compromettante et dangereuse. Il fallait nettement trancher dans le vif; séparer fortement des éléments qui ne devaient pas rester unis ; insister non sur les ressemblances, mais sur les différences. C'est pourquoi Lessing a borné^ la plastique du côté de l'action, et la poésie du côté du monde extérieur, c'est-àdire du côté môme où chacune risquait de s'égarer.
Et puis, Lessing, nous l'ayons déjà dit, n'a pas l'âme
lyrique. Il est avant tout et partout, critique, dialecti- •cien. Son imagination assez modérée de sa nature, disciplinée et contenue par une raison sévère, par une inflexible logique, toujours tendue vers Faction, ne -court pas à l'aventure, et ne s'abandonne pas aux rêveries, aux vagues contemplations, auxquelles le spectacle de la nature invite les âmes poétiques et sentimentales. La sentimentalité est étrangère et même antipathique à Lessing. Le Mal universel (Weltschmerz) n'a pas eu de prise sur lui. On n'a qu'à lire sa critique brutalement railleuse des Souffrances du jeune Werther. Par les tendances générales de son esprit, surtout par ses goûts et «es préférences artistiques, Lessing, répétons-le, est un ancien. De même que nous l'avons vu s'attacher avec prédilection à la sculpture, dans laquelle il absorbe en quelque sorte la peinture, et nier la valeur de la peinture de paysage ; de même sa théorie poétique, qui fait de l'action l'objet essentiel de la poésie, s'applique particulièrement à l'épopée et au drame, qui sont aussi les genres où le génie antique a surtout excellé. Par la même raison, il sacrifie la poésie lyrique, qui par son caractère plus intime, plus personnel, plus moderne, est à la poésie ce que le paysage est à la peinture.
Aujourd'hui que l'objet et les limites de la poésie ne sont plus matière à contestation, et qu'elle a trouvé sa véritable voie, on s'attache davantage à signaler les la- <;unes, à réfuter les eiTeurs, à corriger les affirmations trop absolues du Laocoon, plutôt qu'à apprécier les vérités incontestables, originales et fécondes qu'on lui doit. Aux yeux des contemporains de Lessing, au contraire, le Laocoon a été ime révélation et une révolution nécessaire et salutaire.
Écoutons Gœthe, alors étudiant à Leipzig, touraientô par son génie naissant, cherchant avec inquiétude une direction et une orientation, qu'il ne trouvait ni en luimême ni autour de lui :
« Il faut être adolescent pour se représenter Teffet produit sur nous par le Laocoon. Cette œuvre nous enlevait à un milieu de conceptions mesquines, pour nous transporter dans les libres espaces des grandes pensées. Le ul pictura poesis, mal compris depuis si longtemps, était écarté du coup. La différence des arts plastiques et des arts de la parole devenait claire. Leurs sommets apparaissaient distincts, lors même que leurs bases étaient étroitement unies. Le peintre et le sculpteur devaient se renfermer dans les limites du Beau, lors même que le poète, à qui aucun moyen d'expression ne fait défaut, aurait la liberté d'en sortir. Celui-là travaille pour le sens intérieur, que le Beau seul peut satisfaire : celui-ci pour l'imagination qui peut bien encore s'accommoder du laid. Comme illuminés d'une soudaine clarté, nous apparaissaient toutes les conséquences de cette magnifique pensée. Toute cette critique doctrinale et raisonneuse qui régnait jusque-là, fut abandonnée comme un vêtement usé.... La beîiuté de ces pensées et de ces principes n'est visible que pour ceux sur lesquels ils exercent une influence d'une incalculable portée, et pour l'époque qui les attend et qui les voit apparaître au moment opportun*. »
Mais déjà les contemporains de Lessing, comme nous avons pu le constater plus d'une fois, avaient compris