LcMCOon, cli. If
CUITIQUE ESTHÉTIQUE. 255
Il attaque celles que Klotz avait émises dans son livre Sur les Pierres gravées {Von den geschnilteneii Steiiien) et il u'en laisse rien subsister. Toutes les affirmations, toutes les hypothèses du malheureux savant, sont impitoyablement démolies. On lui prouve, ou bien que ses opinions sont fausses, ou bien qu'elles ne sont pas à lui ; qu'il les a prises à d'autres, sans toujours les bien comprendre, quand il ne les a pas exagérées et faussées à dessein pour cacher son larcin ; enfin qu'il s'est trompé presque toujours sur le sens des textes qu'il cite à l'appui de ses affirmations. Certes, Lessing est incomparablement supérieur à son adversaire, nous pourrions dire à sa victime. Sur beaucoup de points il a raison contre lui. Mais a-t-il toujours raison? Lui-même ne se trompe-t-il jamais? A-t-il toujours, dans sa polémique, observé les lois des convenances et de la justice et même de la bonne foi ? Les plus sincères amis et admirateurs de Lessing, et qui n'ont d'ailleurs aucune estime pour Klotz, n'osent pas l'affirmer. Dans ces matières de pure érudition, et qui n'intéressent que les spécialistes, le public n'est pas juge et ne peut prendre parti. On ne saurait s'échauffer sur ces questions tout à fait techniques, et qui ne touchent ni à la littérature, ni à la philosophie, ni même à l'esthétique : la nature et la, valeur des pierres gravées et des camées ; l'usage qu'en faisaient les anciens; la manière dont ils les travaillaient ; les instruments qu'ils employaient ; les modèles qu'ils avaient sous les yeux, etc., etc.
Mais sans être archéologue de profession, et tout en reconnaissant, ce qui est à la portée de tout lecteur intelligent, le talent dialectique et les trésors d'érudition que Lessing met au service de sa polémique, on est bien
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obligé de s'apei^cevoir aussi qu'il faiblit quelquefois ; que son argumentation est souvent plus habile que juste ; et on admire autant que* sa vigueur d'attaque et son art de trouver le côté faible de l'adversaire, son habileté à masquer ses propres défaillances et à couvrir lia retraite. Ceci est surtout sensible dans les premières lettres de la seconde partie, oiî, au sujet de sa fausse interprétation de la statue du Gladiateur de la villa Borghèse, il se défend, non seulement contre KIotz, mais contre le savant Heyne, et finalement, sans vouloir en avoir l'air, en réalité abandonne son opinion.
Les sept dernières lettres n'ont aucun caractère scientifique, mais un caractère tout personnel. Il ne s'agit plus des opinions et des hérésies archéologiques de Klotz, mais de lui-même, de sa personne, de son caractère, de ses agissements, de ses procédés louches, de sa polémique calomnieuse, de son charlatanisme et de son outrecuidante vanité, q[ue Lessing démasque et flétrit impitoyablement. En même temps il se met en avant lui-même ; il repousse les imputations injurieuses lancées contre lui et son frère par Klotz et sa bande ; il se défend d'être d'aucun parti, d'aucune coterie, comme voudrait le faire croire la Revue de Halle.
 cette occasion il caractérise très bien son rôle et sa position dans la littérature, en se comparant à un moulin isolé, en dehors du village, qui ne demande pas un pouce d'atmosphère de plus qu'il n'en faut à ses ailes pour tourner. Seulement qu'on n'essaie pas de leur enlever cette liberté. Les mouches peuvent passer au travers. Mais si de méchants gamins veulent s'ébattre autour, ou même tentent de les aiTêter de la main, tant
pis pour celui qu'elles lanceront dans les airs, et ce ne sera pas sa faute s'il retombe durement à terre '.
De môme on ne peut qu'applaudir Lessing quand, opposant dans sa personne le vrai critique qui se pique «ivant tout d'être véridique et franc, au critique de l'école de Klotz, qui se vante comme d'un mérite capital d'être toujours convenable et poli, il formule ainsi les règles de conduite auxquelles il voudrait toujours obéir : « Se montrer doux et aimable pour le débutant ; admirer, tout en doutant; douter, tout en admirant, s'il s'agit d'un maître; décourager sans ménagement la médiocrité ; se mo^er des présomptueux ; se montrer aussi dur que possible à l'égard des artisans d'intrigues et de cabales*. »
Lessing avait incontestablement raison. Il était dans son droit et il avait tous les bons esprits pour lui. Oji peut trouver cependant qu'il enHe un peu trop la voix, et qu'il prend une attitude bien tragique vis-à-vis de cet adversaire, d'assez mesquine envergure après tout, et jugé à sa véritable valeur en dehors de sa petite coterie d'amis et de partisans. Il est certain que Klotz, à cause de son charlatanisme scientifique, à cause de ses intrigues et de ses procédés malhonnêtes, méritait une leçon. Il était bon que quelqu'un se chargeât de lui infliger une correction, et personne n'était plus qualifié que Lessing pour le faire. Mais était-ce une raison pour l'assommer'? Klotz n'était pas du reste un personnage