Laocoov, H e' XI
crun adolescent, frère du Sommeil, tel qu'Homère Ta dépeint.
Klotz avait contesté cette opinion, et c'est encore à son adresse, et pour prouver la justesse de sa thèse, que Lessing a écrit cette dissertation : Comment les anciens ont représenté la Mort {Wie die Allen den Tod gebildet). Il établit donc : 1^ que les artistes anciens ont représenté la Mort sous une tout autre figure que celle d'un squelette, et 2" que lorsqu'ils ont représenté des squelettes, ils ont voulu figurer par là tout autre chose que la Mort.
Dans la démonstration de 'ces deux thèses, Lessing, comme on peut s'y attendre, déploie encore une fois sa vaste science archéologique et bibliogi*aphique, sa connaissance des monuments antiques, sinon directe, au moins puisée dans les gravures qu'il reproduit, et surtout sa subtile sagacité dans l'interprétation de ces monuments en faveur de sa thèse.
Il établit que sur les monuments funéraires de l'antiquité où l'on voit représenté im adolescent debout, les pieds croisés* et tenant en main un flambeau renversé, c'est bien le frère du Sommeil qu'on voit ; c'est bien la Mort que les artistes ont voulu représenter. Mais que signifient alors les squelettes, que l'on rencontre dans les œuvres de l'art antique? Lessing croit que ces squelettes sont des Larves, c'est-à-dire des imes d'hommes morts et d'hommes méchants.
Quoi qu'il en soit de cette seconde thèse, qui n'est
1. Au sujet de ce détail, Lessing eulame une savante et longue discussion philologique pour prouver qu*il a bien traduit le sens très controversù d'un mot grec. Mais les philologues ne lui ont pas donné raison.
qu'une hypothèse, non encore acceptée par tous les savants, la première paraît incontestable, en tout cas séduisante et féconde pour Tart. Que si Ton demande à Lessing comment il concilie cette sereine représentation de la Mort, par les artistes anciens, avec les descriptions tristes et sombres de la Mort qu'on trouve chez les poètes leurs contemporains, Lessing répond, en appliquant ici, très heureusement, son principe de la distinction des arts plastiques et de la poésie. Il montre, encore une fois, « que les peintures des poètes sont d'une bien plus grande étendue que celles de Part plastique. L'art plastique, en personnifiant une idée abstraite, n'en peut exprimer que l'essentiel et le général. Tous les détails qui ne seraient que des accidents ou qui seraient en contradiction avec ce caractère essentiel, l'art doit y renoncer, car ils rendraient sa représentation méconnaissable. Le poète, au contraire, peut montrer toutes les modifications possibles àfi son 8ujet| même celles qui sont en contradiction avec son caractère essentiel, sans que ce caractère cesse d'être intelligible pour nous. Si donc l'art (sculpture ou peinture) veut nous rendre sensible l'idée de la mort, il doit mettre en lumière le caractère permanent de la mort dans toutes les situations, et quel est ce caractère sinon celui du repos et de l'insensibilité ? Tout ce qui contrarie ce caractère rendrait l'image elle-même méconnaissable, ce que n'a pas à craindre le poète, qui, lui, peut peindre la mort douloureuse, cruelle, horrible, sans que l'idée elle-même de la mort, en soit moins claire*. »