CEucre», Éd. H., vol. XIII, p
Cette conception de Leasing, très belle en elle-même, fut accueillie avec joie par les poètes de Fépoque classique qui s'ouvrait alors : adorateurs fervents et enthousiastes de la Beauté antique, païens en art et en poésie. Gœthe, en constatant FetTet produit sur la jeunesse d'alors par les théories nouvelles du Laocoan, s'écrie : c Ce qui nous ravissait sui*tout c'était cette belle pensée que les anciens avaient reconnu la mort conmie pmche parente du sommeil, et les avaient représentés tous deux sous des traits si semblables qu'on pouvait les confondre. Là nous pouvions hautement célébrer le triomphe du Beau, et quant au Laid, quelle que soit sa nature, comme on ne saurait le bannir de la réalité, on le reléguera dans le genre inférieur du ridicule. »
Schiller dans son petit poème. Die Gôtter Griechehlands, apologie à la fois et élégie de l'ai't antique perdu, traduit poétiquement la conception de Lessing et l'oppose à la sombre et désolante image que la religion chrétienne nous présente de la mort * .
Lessing reconnaît que c la religion qui, la première, a révélé aux hommes que la mort, même naturelle, est le fruit et le salaire du péché, a dû accroître infiniment la terreur de la mort et n'a pu, sans la Révélation, faire entrer cette idée dans l'esprit d'un homme qui ne fait usage que de sa raison. C'est donc sans doute notre religion qui aurait supprimé cette sereine image de la mort. » Lessing cependant ne croit pas que cette représentation antique et poétique de la mort ne doive pas trouver place dans l'art moderne et chrétien. « Gomme cette môme religion n'a pas voulu nous révéler cette
J. Die GôUer Griechenlands, »• s rophc.
teiTible vérité pour nous désespérer, comme elle aussi nous assure que la mort de Thomme pieux ne peut être que douce et consolante, je ne vois pas ce qui empêcherait nos artistes de renoncer à ce hideux squelette, et de s'approprier de nouveau cette image supérieure. L'Écriture sainte elle-même parle d'un ange de la Mort, et quel est l'artiste qui n'aimerait pas mieux représenter un ange qu'un squelette ? »
Telle est la conclusion de ^'intéressante et originale dissertation de Lessing, qui clôt ses travaux et ses polémiques archéologiques.
Nous avons dû devancer un peu les événements, pour assigner à. ces travaux leur place, sinon chronologique, du moins naturelle et logique. Nous allons maintenant revenir en arrière ; résumer les travaux dramatiques de Lessing, au moment où il part pour Hambourg, et raconter les circonstances qui Ty ont conduit.