‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 100 sur 162 · G. Lafenestre, Revue des Deux-Mondes, 1er octobre · texte numérisé non relu

G. Lafenestre, Revue des Deux-Mondes, 1er octobre

d'après un moulage, dans son ouvrage sur Y Imitation dans les œuvres grecques de peinture et de sculpture, se retrouve un peu amplifiée dans son Histoire de l'Art *, après qu'il eut vu le groupe à Rome. Nous y lisons : « De même que le fond de la mer reste toujours calme, quelque agitée qu'en soit la surface, de même dans les œuvres d'art des Grecs, sous l'empire de quelque passion que ce soit, l'expression nous montre une âme grande et paisible. Cette âme se peint au milieu des plus violentes souffrances de Laocoon et non pas seulement sur son visage. Cette douleur, qui se fait voir dans tous les muscles et dans tous les tendons et que, sans s'occuper du visage et des autres parties, on croit découvrir même, pour ainsi dire, rien que dans l'abdomen douloureusement contracté, cette douleur, dis-je, ne s'exprime par aucune violence sur le visage ni dans toute l'attitude. Il ne pousse pas un cri terrible, comme Virgile le dit de son Laocoon ; l'ouverture de la bouche ne l'indique pas, c'est bien plutôt un soupir étouffé et plein d'angoisses, tel que le décrit Sadolet. La douleur du corps et la grandeur de l'àme sont réparties avec une même force et distribuées avec une mesure parfaite dans tout l'ensemble. Laocoon souffre, mais il souffre comme le Philoctète de Sophocle ; sa douleur nous va jusqu'à l'àme, mais nous vou-

1. Gedanken liber die Nacfuthmtmg , § 79; Gesch. der Kimst, VI, 3.

l'art et l'archéologie 177

drions pouvoir supporter la douleur comme ce grand homme. » Lessing est complètement d'accord avec Winckelmann pour tout ce qui concerne le caractère artistique du groupe ; il contredit seulement le principe assigné à cette sagesse, la généralité de la règle que Winckelmann fait découler de ce principe aussi bien pour la poésie que pour la statuaire. On voit facilement que le groupe ne sert à Lessing que de point de départ à une discussion littéraire concernant la poésie en général et plus particulièrement la poésie épique.

Quoique les archéologues de nos jours ne soient pas d'accord sur l'expression de la physionomie du Laocoon, la discussion de Lessing ne souffre aucune restriction. Les anatomistes, comme Henke *', ont démontré par la construction du corps que l'artiste a représenté Laocoon au moment où il est physiologiquement impossible de crier; il ne peut que soupirer. Des archéologues distingués, comme Brunn 2, se refusent à reconnaître la « tranquillité majestueuse » dans le visage du père ; Overbeck voit même dans le groupe un monstre pathologique 3 ; Vischer et d'autres croient positivement que Laocoon crie autant qu'il peut. Toutes ces opinions divergentes ne modifient en rien les conclusions que Lessing a tirées de l'observation de Win-

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