‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 107 sur 162 · Op. cit., ch. i : « Die Plinius Stelle · texte numérisé non relu

Op. cit., ch. i : « Die Plinius Stelle

4. Griech. Kùnstler, I, p. 475; — Wagnon (Revue archéologique, 1882 : Date du Laocoon) est du même avis.

groupe tel que le Laocoon? Quoi qu'il en soit, le passage ne peut pas servir de base de discussion pour déterminer l'époque du groupe, "aujourd'hui mise hors de doute, grâce à la découverte de l'autel de Pergame. Là nous trouvons la même expression de douleur dans la tête, là aussi des serpents qui enlacent le corps. Tout le caractère de l'époque, d'ailleurs, porte à croire que ceux qui, comme Lessing, datent le groupe du temps des empereurs, se trompent i .

Les autres arguments allégués par Lessing et tirés d'une inscription prouvent juste le contraire de ce qu'ils devraient démontrer ; mais Lessing a le mérite d'avoir le premier signalé la différence entre l'aoriste et l'imparfait dans les inscriptions des artistes, problème si souvent discuté depuis 2. L'inscription trouvée à Antium en 1717, qui men-

1. Lessing suppose tantôt que c'était Asinius Pollion qui a fait exécuter le groupe par des artistes grecs, tantôt que c'était l'empereur Titus lui-même. Lachmann est de ce dernier avis ; il rapporte les mots « de consilii sententia » au conseil privé de Titus et au décret de ce conseil.

2. Voy. Letronne, Explication d'une inscription grecque dans les Mémoires de VAcad. des inscriptions, XV, 2, p. 128

(1845) ; — Raoul-Rochette, Questions de Vhistoire de l'art, p. 60

(1846) ; Brunn, Rhein. Muséum, VIII, p. 234 ; —0. Jahn, Archaeol. Zeitung, 1863, p. 65 ; — E. Loewy, Inschriften griech. liildliauer, 1885, Introd., p. vn-ix. — Par contre, les gemmes avec signatures d'artistes sont toujours accompagnées de ItzqU: ; voy. Furtwaengler, Jahrb. des kais. deutschen archaeol. Instituts, vol. III et IV, p. 46.

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tionne Athanodore, fils d'Agésandre de Rhodes, le père et le fils qui ont travaillé au Laocoon d, devait fournir à Lessing une nouvelle preuve de l'âge relativement récent du groupe. Winckelmann croyait que Pline s'était trompé en disant dans sa Dédicace que les anciens artistes n'avaient jamais employé l'aoriste (sirofyae), mais toujours l'imparfait litofet), parce qu'ils ne paraissaient voir dans leurs ouvrages que quelque chose de commencé toujours et toujours inachevé. Trois ouvrages seulement ont reçu une inscription définitive : Un tel a fait. Or, les exemples d'inscriptions avec l'aoriste ne sont pas si rares, et voilà l'argument que Lessing tire de ce fait. Pline ne parle que des grands maîtres, des Apelle, des Polyclète, des Lysippe et de leurs contemporains qui eurent cette habile modestie, mais nullement des artistes postérieurs à cette belle époque. Donc Athanodore, qui a signé htofycrs et auquel n'appartient aucun des trois ouvrages cités par Pline, ne peut être du nombre de ces anciens maîtres. Il ne pouvait pas être contemporain d'Apelle et de Lysippe, mais il doit être placé à une époque plus récente. Lessing conclut que l'on peut admettre comme un critérium très sûr que tout artiste ayant employé l'aoriste a vécu longtemps après l'époque d'Alexandre le Grand, peu avant ou sous les empereurs. Cette argumentation

1. Il est probable que Polydore était aussi le fils d'Ag-ésandre.

il*

est fausse. D'abord Pline, comme nous l'avons vu, n'est pas si précis que Lessing le croit : il est tout à fait inexact de dire que les anciens artistes n'employaient pas l'aoriste. L'érudition a, au contraire, prouvé qu'en Grèce et en Asie-Mineure cette forme fut beaucoup plus usitée que l'imparfait, tandis que les artistes à Rome se servaient de préférence de l'imparfait. Puis, les œuvres d'art qui furent transportées de Grèce à Rome, sans leur piédestal, n'avaient pas d'inscription du tout ; les Romains en mirent de nouvelles avec l'imparfait èirotei, mais il est peu probable qu'au temps de Pline l'ancienne formule ne fût pas connue. C'est pourquoi il ne tient même pas la promesse donnée dans la Dêdidace de mentionner les trois ouvrages qui, selon lui, avaient seuls le verbe au temps passé *. D'autres commentateurs croient que Pline, parles mots : absolute inscripta opéra, voulait désigner le parfait (reTconrjxe) qui, en effet, ne se trouve pas dans les inscriptions des artistes. Le piédestal découvert par Albani prouve donc juste le contraire de ce que Lessing voulait y voir : si Athanadore a signé lirofyœ, c'est qu'il vivait en un temps antérieur aux artistes qui ont travaillé à Rome. Le caractère des

1. Pline ne donne pas directement les trois œuvres en question ; on suppose seulement, d'après certains passages de son livre, quels sont ceux qu'il voulait désigner. L'a-t-il fait par négligence, ou parce qu'il voyait qu'il s'était trompéi nous n'en savons rien. Voy. S. Reinach, Traité d'èpigraphie grecque, p. 436.

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Lettres, d'ailleurs, prouve que l'inscription date du n° siècle avant notre ère *,

Les autres chapitres du Laocoon touchant l'archéologie, comme celui qui traite de la perspective chez les Anciens, de la statue du Gladiateur de Borghèse, sont mieux développés dans les Lettres archéologiques, qui en forment le supplément indispensable 2. Puisque Klotz et son école s'efforçaient justement de trouver des fautes de détail dans les parties que Lessing ne considérait nullement comme capitales dans son oeuvre, il se vit forcé de reprendre ces questions et de les traiter à fond. Non seulement les Lettres archéologiques, mais aussi les autres petits traités concernant les antiquités sont étroitement liés à cette lutte mémorable. Les causes, les péripéties et la fin de cette querelle ont été souvent exposées ; les biographes de Lessing les racontent tout au long. Il est naturel que dans leurs ouvrages ils attachent plus d'importance aux personnalités qu'au fond de la question, qui aujourd'hui n'intéresse que l'érudition. Lessing, pourtant, croyait le contraire. Dans le brouillon de

1. Kékulé, op. cit., en. ir, trouve que les caractères de l'inscription en question montrent que les artistes ont vécu vers l'an 100 avant J.-C. ; Loewy (op. cit., p. 373) place l'inscription au commencement du ne siècle.

2. liriefe antiquarischen Inhalts, erster Theil (34 lettres) . zweiter Theil, 1769 (23 lettres). — Œuvres, XIII, 2, pp. 1-224. — L'édition est due àSchœne; celle de Bliimner (collection Kurschner n'est pas moins instructive.

la cinquante-huitième Lettre archéologique *, il dit que la personnalité des écrivains n'intéresse qu'une faible partie du public contemporain « Personne ne demandera, dans dix ans, si Lessing était jaloux du célèbre Klotz et quelles étaient les causes qui le forcèrent à écrire contre lui. On ne demandera que les vérités qu'il a défendues contre lui. » Mais l'indignation, l'amour propre blessé, sa réputation d'érudit compromise lui firent trouver, dans les sept dernières lettres, des accents qui sont uniques dans la littérature militante en Allemagne, où souvent la grossièreté remplace les arguments. La postérité en a jugé autrement que Lessing; elle ne veut se rappeler que le grand retentissement qu'eut cette querelle dont Goethe dit qu'elle annonçait que le calme et la tranquillité qui régnaient parmi les hommes de lettres allaient bientôt finir 2. Mais l'exécution de ce chef d'école était une obligation morale pour Lessing. Nous avons rappelé la carrière littéraire de Klotz, ses basses intrigues, et combien il servait peu la vraie érudition dans un milieu où devait bientôt briller un Fr. Aug. Wolf 3.

Les Lettres archéologiques avaient un double but : d'abord, défendre quelques thèses émises dans le Laocoon, ou rétracter des hypothèses erronées,

1. Œuvres, XIII, 2, p. 228. —Lessing se proposait de publier une troisième série de Lettres archéologiques, lettres 58-97, mais il ne l'a pas achevée.

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