Œuvres, X, p
2. Ueber Bild, Dichtung und Fabel, dans ; Zerstreute Blœt~ ter, p. 104.
nullement moral ? Il est très dangereux de fonder des divisions sur un procédé qui se perd dans la nuit des temps. Le théoricien ne devrait jamais oublier que ses déductions ne peuvent s'appliquer qu'à l'œuvre elle-même et non pas aux circonstances extérieures qui l'ont fait naître.
Lessing essaie ensuite de réfuter une à une les opinions des principaux théoriciens de la fable. Il semble, d'ores et déjà, s'inspirer de cette maxime proclamée dans la Dramaturgie : Prunus sapientiae gratins est, falsa intelligere, secundus, vera cognoscere. Reconnaître le faux est le premier pas de la critique; comprendre, voire même exposer le vrai, en est le second. De la Motte, Richer, Batteux et Breitinger, défilent l'un après l'autre avec leur définition. Ce que Lessing combat le plus dans leur théorie, c'est le mot allègoine; il n'en veut pas entendre parler, ni en poésie, ni même dans un genre qui, selon lui, est sur la limite de la poésie et de la morale. De la Motte dit : « La fable est une instruction déguisée sous l'allégorie d'une action. » Lessing critique chaque mot. D'abord, ditil l, la fable ne peut pas être simplement une action allégorique, mais seulement la narration d'une pareille action; et pourquoi mettre le mot si grave; (Vattégorie dans une définition? L'allégorie n'existe pas dans la fable simple, parce qu'il n'y a aucune ressemblance entre les sujets déterminés de l'apo-
l. Abhandlungen iïber die Fàbel, J, pp. 30 el buiv,
logue et les sujets généraux de sa proposition morale. La fable, en tant qu'elle renferme une vérité morale générale, n'est pas allégorique par elle-même ; elle ne le devient que lorsqu'on oppose à L'événement inventé qu'elle contient, un autre événement semblable qui est réellement arrivé, c'est-à-dire dans la fable composée. Il y a beaucoup de mauvaises fables, chez les anciens comme chez tes modernes, parce que leurs auteurs se sont contentés de les rendre allégoriques, uniquement par rapport à la maxime générale qui en est la morale. Tout événement peut être mis en allégorie, mais il n'en sortira pas de bonne fable *. Herder, qui ne reconnaît que des fables composées, maintient le mot allégorie, mais il accorde à Lessing que les hi-toires niaises, mises en allégorie, donneront de mauvaises fables 2.
Richer dit que la fable est un petit poème qui contient un précepte caché sous une image allégorique. Le mot poème choque Lessing qui aime mieux la
1. Il est arrivé à Lessing, ordinairement si exact dans ses citations, de maltraiter, sans l'avoir bien lu, le philosophe hollandais Gerhard Vossius, à cause de sa définition de l'allégorie. Vossius parle de la figure rhétorique qu'on appelle allégorie et non pas de l'allégorie en général. C'est ce que le critique de la Bibliothèque des Belles-Lettres (VII, 1, pp. 32-55. Année 1761), peu content de la théorie de Lessing, a relevé, en ajoutant que toute cette discussion sur l'allégorie était oiseuse. En effet, une bonne partie des fables de Lessing ne sont que des allégories. Voy. Baumgart, Handbuch der Poetik, p. 170.