Voy. Blùmner, Laocoon, p
2. Dictionnaire portatif de peinture, sculpture et gravure, 1757. C'est ce Pernéty que Frédéric II prit comme bibliothécaire au lieu de Lessing.
3. Voy. Mémoires de VAcad. des inscriptions, t. XXVII, 1, p. 34. — Un travail de Caylus sur la Perspective des Anciens a paru dans les Mémoires de VAcad. des inscriptions, t. XXIII, 2, p. 320. Voy. Rocheblave, op. cit., p. 287.
bleaux de Polygnote est appuyée par les vases peints où les artistes, lorsqu'ils eurent à placer de nombreuses personnes, les mirent les unes au-dessus des autres. Ce que Klotz disait des médailles montrait seulement son ignorance en fait d'art. Ses citations des anciens écrivains sur ce sujet étaient empruntées àCaylus et ne prouvaient rien. Ainsi, dans le passage de Lucien sur un tableau de Zeuxis qui représentait une famille de Centaures !, toutes les qualités énumérées sont celles d'un beau tableau ; mais il ne s'agit pas de perspective ; de même dans Philostrate 2, où l'auteur parle des effets du clairobscur et non de ceux de la perspective. Il en est de même des exemples tirés des œuvres d'art, des Noces Aldobrandines, d'une pierre gravée chez Lippert. Ce savant aussi se moque de ceux qui voient de la perspective chez les Anciens3.
1. Zeuxis, 1. — Lessing traduit les termes techniques de la même façon que Brunn Ta fait, à la lumière des connaissances de nos jours. Voy. le commentaire de Bliïmner à laLettre 11.
2. Vita Apoll. Tyan., II, 20. — Klotz fit croire que c'était lui qui avait découvert ce passage ; Lessing lui démontre qu'il fut cité par d'autres savants avant lui.
3. Un critique d'art des plus autorisés, E. Michel, dit à ce propos : « Pour ce qui touche à la perspective linéaire, nous remarquons que, si les Anciens avaient bien pu en établir scientifiquement quelques règles dont le tracé des plans et des dessins d'architecture leur avait sans doute facilité la connaissance, ils n'en possédaient cependant qu'une notion fort incomplète et même tout à fait insuffisante quand il s'agissait d'applications délicates ou compliquées » {Le pay-
l'art et l'archéologie 205
Après avoir défendu les idées concernant l'art antique émises dans le Laocoon, Lessing s'occupa de démolir la réputation littéraire de son ennemi. Il ne s'agissait pas seulement de montrer au public la légèreté et la perfidie des critiques dont Klotz inondait l'Allemagne à l'aide des trois revues dont il disposait; il fallait l'attaquer sur son propre domaine et prouver que tous ses livres annoncés à son de trompe n'étaient que des compilations et des plagiats. Si ces compilations eussent été tirées de sources peu connues, de livres rares, on aurait pu lui être reconnaissant, dit Lessing f , mais ce n'étaient que la reproduction des cours professés par Christ, des ouvrages de Winckelmann et de la Dactyliothèque de Lippert, du Recueil de Caylus et du Traité des pierres gravées de Mariette : tous ouvrages récents et que tout le monde connaissait. Klotz les pillait et y intercalait de temps en temps une de ces remarques niaises et plates où se trahit le compilateur qui ne prend même pas le temps de vérifier les passages cités des auteurs anciens.
sage dans les arts de l'antiquité, Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1884). Comp. Woermann, Lie Landschaft in der Kunst der altenVœlker, 1876, où l'on trouve, pp. 176 et 392, la discussion de ce problème ; — Poudra, Histoire de la Perspective, 1864, p. 115 ; — A. Bertrand, dans les Annales de Vens. sup. de Grenoble, 1893, pp. 33 et suiv. ; — Fr. Wickhoff dans Wiener Genesis (1895), p. 57 et le ch. îv sur la peinture des Anciens. Tous confirment l'opinion de Lessing. 1. Lettre 14.
« Que dites-vous, s'écrie Lessing, d'un homme qui prétend avoir utilisé les sources et puise, en effet, dans le premier bourbier venu, sans se soucier des impuretés qui gisent au fond *? » Klotz reproduisait même les fautes d'impression de ses sources, et ses citations étaient des plus inexactes. Lessing, qui remontait toujours aux Anciens, lors même qu'il acceptait les avis des autres érudits, avait beau jeu à plumer cette corneille qui, comme celle de sa fable 2, fut même privée de quelques-unes de ses propres plumes. Klotz avait beau crier : « C'est assez, le public ne s'intéresse pas à notre discussion» ; Lessing continuait toujours à frapper et lui donna enfin le coup de grâce.
Le livre de Klotz mis en pièces dans les Lettres archéologiques porte sur l'Usage des pierres gravées et de leurs empreintes (1768). Ce n'est pas le point de vue esthétique qui occupe Lessing. Klotz était assez habile pour éblouir par des phrases un public qui commençait à prendre goût à la vulgarisation des antiquités. Il arrangeait avec assez de savoir-faire le travail d'autrui, mais il voulait en
1. Lettre 18, fin. — Lessing est très sévère pour les citations ; il reproche, à plusieurs reprises, au Dictionnaire de Jœcher, ses citations fausses ou incomplètes (voy. Die kriti.schen Briefe von 1753. Lettre 25). Parmi les savants français Baylc seul le contentait sous ce rapport (voy. Q^uvres, XIX, p. 29). — L'exactitude dans cette matière atteste le philologue exercé.