il, 6. —Voy. Lettre
l'art et l'archéologie 207
môme temps séduire les érudits par l'étalage de connaissances de seconde main. C'est ici que Lessing l'attaque. Il traite et discute les questions relatives à la fabrication des gemmes, à la toreutique, à l'optique des Anciens, aux pierres précieuses employées par eux, aux dénominations de ces pierres et à leur étymologie, aux passages de Pline et des écrivains du moyen âge qui s'occupent de la minéralogie des pierres fines, à la chronologie des artistes. Les résultats obtenus sont quelquefois définitifs. Il est vrai que les questions traitées n'intéressent que l'érudit, mais Lessing égaie souvent le sujet le plus aride par ses sorties spirituelles, par ses exclamations presque comiques et ses comparaisons toujours frappantes. La plupart des problèmes discutés appartiennent à ce qu'on appelle aujourd'hui la technologie et la terminologie des arts et métiers chez les Grecs et chez les Romains. L'ouvrage écrit par Bllimner sur ce sujet ' rend justice à la sagacité de Lessing; grâce aux Lettres archéologiques, les dissertations antérieures parlant des mêmes sujets peuvent être négligées aujourd'hui. Lessing reste toujours instructif ; l'érudit tire encore quelque profit de ce livre quoiqu'il soit plutôt une œuvre littéraire qu'un travail d'érudition, et intéresse surtout comme souvenir d'une querelle célèbre.
1. Technologie und Terminologie der Gewerbe undKûnste bei Griechen und Romern, 4 vol. 1874-1887. Vol. III. Lie Arbeit in Stein, se rapporte spécialement à notre sujet.
Lessing analyse le volume de Klotz chapitre par chapitre. Dès le commencement, il prouve que son adversaire ne se sert pas bien des sources ■ ; ensuite, il critique son style gauche et emphatique, l'étalage impudent de ce moi encombrant qui dit : Je veux rendre attentifs les maîtres de la science à certaines choses, s'ils voulaient apprendre de moi ; je veux les prendre par la main et les conduire aux ouvrages de l'antiquité ; je veux leur montrer des œuvres... Mais quand on examine ce que ce « Moi » a ajouté à la compilation on ne trouve rien de sûr et de précis 2. D'abord Klotz prend le mot latin gemma dans le sens de pierre gravée, ce qui est faux; gemma, chez les Romains, indiquait simplement la pierre fine, et celles-là on les taillait rarement. Les collections des riches Romains sont pour lui des « Dactyliothèques », et chaque allusion à un diamant devient l'indice que l'on aimait les pierres gravées. A ce titre les poètes de l'école de Lohenstein, qui parlent sans cesse d'yeux de diamant, de lèvres de rubis, de dents de perles, seraient de grands amateurs de pierres précieuses 3. — Ce que Klotz dit du différent style des graveurs est une imitation peu justifiée de l'ordre géographique adopté par Winckelmann pour le développement de l'art : l'Egypte, l'Étrurie, la Grèce et