Lettres 22 et
l'art et l'archéologie 211
par Théodore de Samos '. En supposant même que le récit d'Hérodote soit légendaire, il est hors de doute aujourd'hui que l'art de graver était connu en Grèce dès le vne siècle, et qu'à l'époque dont parlent tous les témoignages cités par Lessing, les pierres gravées furent employées comme sceaux dans toute la Grèce 2 .
Les connaissances minéralogiques de Klotz sont aussi contestées; il les avait compilées dans les différents registres des Dactyliothèques, surtout dans celui de Lippert. Lessing établit le rang du rubis et de l'émeraude dans l'antiquité ; cette dernière pierre était plus estimée que la première. Une convention tacite défendait de la tailler ; partout où l'on croit reconnaître l'émeraude dans les collections de gemmes, ce n'est autre chose que le plasma di smeraldo. Lessing se trompe cependant quand il croit que le plasme et le quartz prase indiquaient la même pierre 3 ; mais il a raison en disant que le saphir des Anciens était différent du nôtre : c'était du lapis-lazuli ou du spath bleu. Il a deviné également que les Anciens ne taillaient pas le dia-
1. Voy. Rheinisches Muséum, X, p. 24. — La sardoine conservée à Rome n'était pas identique, selon Ulrichs, avec l'anneau de Polycrate.
2. Voy. Krause, Pyrgoteles, p. 132 et 139, et le commentaire de Bliimner, p. 112.
3. Son erreur provient d'une fausse étymologie. Voy. Blùmner, op. cit., III, p. 253.
niant. Dans toute cette discussion *, dont la partie essentielle sur la différence de l'onyx, de l'agate, du carnéole, du calcédoine fut reprise par Blumner, Lessing montre qu'il connaît bien, non seulement Pline et les Anciens, mais aussi les auteurs du moyen âge et des temps modernes qui avaient écrit avant lui sur les pierres, comme Marbode, évêque de Rennes, Albert le Grand, Camille Léonardi, André Baccius, Conrad Gesner. Il dit que la connaissance des sources fait ici plus que le jugement des connaisseurs en pierres, qui peuvent très bien se tromper.
Après la matière, Lessing discute la manière de graver les pierres. Klotz n'en dit rien ; il lance seulement une attaque contre Christ dont il pillait pourtant les cahiers. Christ croyait, d'après Vettori 2, que les Anciens se servaient plus souvent du diamant que du rouet pour tailler les pierres fines. Lippert l'attaquait pour cela; Klotz renchérit encore sur Lippert. Lessing défend son maître et repousse avec indignation les accusations de Klotz 3 : « Je peux toujours apprendre quelque chose, dit-il, d'un homme comme Christ; j'en voudrais dire autant de ceux qui le dénigrent aujourd'hui. J'aimerais beaucoup mieux avoir écrit la