‹ Lessing et l'AntiquitéChapitre 13 sur 162 · Liv. II, ch. xx · texte numérisé non relu

Liv. II, ch. xx

Ceci promet une fable. Dans le premier cas on n'introduit le propriétaire que dans l'état de possibilité, au lieu que dans le second il existe réellement. Il faut que l'événement individuel qui constitue la fable soit représenté comme réel ; si l'on se contente de la possibilité, on n'aura qu'un exemple, qu'une parabole l. Cette différence entre la fable et la parabole fournira à Lessing le dernier trait de sa définition de l'apologue. En philosophe, il cherche aussi la raison pour laquelle la fable ne s'accommode pas de la simple possibilité qui suffit dans les exemples des autres sciences. C'est parce qu'on peut apercevoir plus de clarté et un plus grand nombre de motifs dans la réalité que dans la possibilité, parce que le réel entraîne avec lui une conviction plus forte que ce qui n'est que possible.

La dissertation démontre en même temps pourquoi Aristote n'a pu parler que de la parabole et de la fable comme moyens d'arguments tirés de la poésie. « Les exemples, dit Lessing, sont ou pris dans l'histoire ou inventés à défaut de l'histoire. Dans toute chose arrivée, il y a une possibilité intrinsèque qui se distingue toujours de sa réalité, quoique l'on ne puisse pas l'en séparer en tant que l'on considère toujours la chose comme arrivée. La force qu'elle doit avoir comme exemple, est donc ou dans sa seule possibilité, ou dans sa possibilité

1. P. 49 ; comp. Gotschlich, op. cit., p. 11 1 ; Prosch, op. cit., p. L06.

ci sa réalité ensemble. Dans le premier cas, à défaut d'une chose arrivée, il suffira d'en inventer une purement possible, et Ton aura alors une parabole; dans le second, il faudra élever notre fiction de la possibilité jusqu'à la réalité et on aura composé une fable l. » Mais il contredit Aristote quand celui-ci établit que les exemples tirés de l'histoire font un plus grand effet dans les délibérations et sont beaucoup plus propres à persuader que les fables, car les événements futurs sont ordinairement semblables aux passés. Non, dit Lessing, — qui ne veut reconnaître nulle part la supériorité de l'histoire sur la poésie et oublie qu'Aristote parle des délibérations et non du drame 2, — je ne puis être convaincu de la réalité d'un événement dont je n'ai été ni témoin ni acteur, que par des raisons de vraisemblance ; cette vraisemblance seule me fait croire à la réalité, mais elle peut se trouver aussi bien dans un événement feint que dans un événement réel, et on ne voit pas pourquoi la réalité du premier aurait plus de force sur la conviction que la réalité du second. Lessing va même plus loin. Il dit : Puisque le vrai historique n'est pas toujours vraisemblable, Aristote lui-même affirmant que le passé n'est qu1 ordinairement semblable à l'avenir et que le poète est libre de s'écarter en ce point de la nature et d'ajouter la vraisemblance à tout ce

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